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Commentaires sur le communiqué rendu public après le Comité
interministériel de sécurité routière du 2 avril 1999. Auteur : Claude Got le 7 avril 1999 Commentaires sur le communiqué rendu public après le Comité interministériel de sécurité routière du 2 avril 1999. Auteur : Claude Got le 7 avril 1999 Remarques générales : il est dommage quaprès le rappel
initial de laggravation de linsécurité routière en 1998, les participants
au CISR naient pas reconnu leur échec, plus dun an après lannonce
(CISR du 26 novembre 97) dun objectif de réduction de 50% de la mortalité sur
les routes en cinq ans. Il est important, en particulier pour les familles des victimes,
dassocier modestie et lucidité après le constat dune situation aussi
dramatique. Il aurait été utile de commenter ces mauvais résultats en expliquant que
les mesures envisagées en 97 ne pouvaient pas modifier sensiblement la mortalité de 98
et de dire comment le gouvernement entendait atteindre ses objectifs en modifiant ses
méthodes. Dans une certaine mesure, le CISR de 99 introduit ces changements de méthodes.
Nous verrons que les résultats vont dépendre étroitement des conditions de mise en
uvre des réformes annoncées. Etat davancement des décisions prises lors du précédent comité interministériel de sécurité routière Il faut distinguer, dans lanalyse des relevés de décisions, celles qui font partie de ce que lon peut appeler, sans que ce qualificatif soit péjoratif, la routine décisionnelle, et les éléments réellement innovants qui peuvent avoir une action déterminante dans les progrès de la sécurité routière. Dans les décisions de 1997, peu déléments étaient de nature à modifier sensiblement la mortalité. Il sagissait soit de mesures utiles mais mineures concernant les cyclistes, la facilitation de lenseignement, les avertissements sur les emballages de médicaments, des modifications de lorganisation au niveau local de la sécurité routière, soit de mesures plus ambitieuses mais passant par le Parlement et sans effet possible en 1998 (délit de récidive en très grand excès de vitesse, dispositions permettant de sanctionner le propriétaire dun véhicule photographié en excès de vitesse, texte sur la recherche de drogues illicites chez les personnes impliquées dans un accident mortel). Il faut également savoir que même si la loi sur la sécurité routière avait achevé son circuit parlementaire en 1998, son efficacité espérée ne peut être que réduite dans un bilan annuel de mortalité. La proportion de conducteurs non-identifiés demeure faible dans les contrôles photographiques de la vitesse, et en ce qui concerne le délit de très grand excès de vitesse, lefficacité sera minime pour une raison bien connue de tous les épidémiologistes : cest en agissant sur les comportements moyens que lon provoque des effets mesurables importants, et non en agissant sur les comportements marginaux les plus extrêmes. Nous connaissons la relation entre la vitesse de circulation et le risque, sur une route ordinaire non autoroutière, le risque double chaque fois que la vitesse de circulation saccroît de 25 à 30 km/h. Quand on examine la distribution des usagers suivant leur vitesse (proportion dusagers roulant dans des classes de vitesse définies de 10 en 10 km/h) on comprend quil est beaucoup plus efficace de réduire la vitesse des 30% dautomobilistes qui dépassent de plus de 10 km/h la vitesse limite que despérer avoir une efficacité en exigeant le constat dune récidive de dépassement de plus de 50 km/h de la vitesse autorisée. Nous apprécions en France les mesures symboliques et fortes concernant les déviances les plus extrêmes, nous avons beaucoup plus de difficultés à rendre efficientes des mesures de contrôle au quotidien permettant dobtenir de lensemble des conducteurs un respect strict des règles. La dérive progressive des vitesses des conducteurs « ordinaires » est un problème dune autre ampleur que le contrôle des déviances extrêmes. Cest là que se situent les enjeux de la sécurité routière pour les années à venir. La même remarque peut être faite à propos de la recherche de substances capables de modifier laptitude à la conduite chez les personnes impliquées dans un accident mortel. Jai milité pour ladoption de ce texte comme membre de la commission sur les drogues licites et illicites et la sécurité routière et je suis favorable à ladoption de telles mesures, mais il faut être conscient de leur importance très relative dans la dissuasion de la conduite sous linfluence de ces substances. Une phase longue de mise en place de la procédure, de la liste des substances à tester, des méthodes de dosage, sera nécessaire pour roder le système et il ny a pas pendant cette phase de possibilité de faire des dosages préventifs (avant laccident) que la loi a rendu possibles pour lalcool dès 1978. Nous sommes donc dans une période détudes et dinstallation dun dispositif qui naura sa pleine efficacité que dans de nombreuses années, quand le rodage des techniques et des procédures permettra denvisager une législation analogue à celle de lalcool. La seconde raison qui fait prévoir une faible efficacité de cette mesure en terme de morts évitées est que la consommation de drogues illicites demeure faible dans notre pays. Les études mettant en évidence une proportion importante dusagers impliqués dans des accidents sous linfluence de ces substances faisant essentiellement référence à la présence de cannabis. Si ce dernier peut indiscutablement favoriser la survenue daccidents, le risque relatif pour les modes de consommation observés semble très inférieur au surrisque des fortes consommations dalcool. La situation est peu différente pour les médicaments. Les médecins sont avertis depuis longtemps du risque lié à lassociation de médicaments psycho-actifs à la conduite automobile. Dans le cas dune consommation normale (et non dun usage déviant dun médicament psycho-actif comme substitut de drogue illicite) le risque demeure faible, le groupe de consommateurs nayant pas un profil de conducteur à risque élevé. Nous lavions constaté dans la seule étude française multicentrique sur le risque lié à la consommation de benzodiazépines. Le risque relatif observé nétait pas significatif et il était inférieur à deux. Nous pouvons prédire que le pictogramme sur les emballages de médicaments et la formation des médecins joueront un rôle sur la prévention des accidents liés à ces produits, en particulier dans les premiers jours du traitement qui sont les plus dangereux, mais le rôle dune telle mesure sur la mortalité globale sera très faible. La sécurité routière étant produite par laddition dun ensemble de mesures, il faut rechercher la réduction du risque par tous les moyens, il faut également savoir faire la différence entre les mesures dont les effets espérés se compteront en dizaines, en centaines, ou en milliers de morts évitées.
Décisions du comité interministériel de sécurité routière
du 2 avril 1999 Des contrôles plus efficaces et des sanctions effectives Dans la mise en uvre dune pratique évaluée du contrôle, il est moins important dannoncer une augmentation de 10% des contrôles que davoir les moyens de les faire correctement et surtout de préciser les conditions dévaluation des résultats. Le problème du matériel est particulièrement important. Les véhicules avec radars embarqués qui sont au point depuis plus de 10 ans sont chers, mais ils sont indispensables pour certains modes de surveillance, en particulier dans les zones où il est difficile de placer des radars photographiques. Ils ont également lavantage de dissuader lespoir déchapper à un contrôle par lusage de la CB, largement utilisés pour se prévenir entre usagers commettant des excès de vitesses importants. Il est également indispensable que les forces de police et de gendarmerie disposent de moyens de contrôle modernes de lalcoolisation excessive. Il est cependant surprenant davoir utilisé dans le communiqué du CISR le terme déthylomètres (« achat de radars mobiles à laser et déthylomètres »), le problème majeur nétant pas actuellement seulement celui des éthylomètres mais avant tout celui des éthylotests. Il faut rappeler que les éthylomètres sont les appareils précis de mesure du niveau dalcoolisation dans lair expiré qui produisent un résultat permettant de fonder une sanction. Ils apportent une preuve légale du niveau dalcoolisation. Ces appareils sont dans les commissariats de police et dans les locaux de la gendarmerie. Les éthylotests sont les appareils de dépistage utilisés au bord de la route lors des contrôles. Il en existe deux variétés, la première est léthylotest chimique (ballon) qui indique par la longueur de changement de couleur dun réactif dans un tube le niveau approximatif dalcoolisation. La seconde variété déthylotest repose sur une mesure physique (absorption dun rayonnement par la vapeur dalcool) ou électro-chimique (cellule à combustible), elle est beaucoup plus précise que la mesure chimique. Une étude comparative que javais pu effectuer dans le cadre du libre blanc sur les drogues et la sécurité routière avait montré quil y avait de nombreux résultats faussement négatifs avec le ballon. Ces « faux négatifs » sont particulièrement fréquents dans les contrôles préventifs car cest dans cette situation que les policiers et le gendarmes observent le plus dalcoolisations faibles. En cas daccident, le risque étant une fonction exponentielle de lalcoolémie, les valeurs observées sont en moyenne beaucoup plus élevées et les risques de faux négatifs plus faibles. Si lon veut assurer un contrôle efficace de lalcoolisation excessive, il est urgent de remplacer les ballons par des éthylotests électroniques. Le troisième volet de lamélioration du système de contrôle et de sanctions est de loin le plus important de ce CISR, il affirme la volonté de contrôles mieux coordonnés et plus ciblés et la nécessité de planifier annuellement ces contrôles au niveau dun département. Cest surtout la publication annuelle de la nature et des résultats des contrôles effectués qui est originale et qui engagera le système de dissuasion par les contrôles dans la voie de lévaluation, avec en particulier des « indicateurs de suivi adaptés aux différentes échelles territoriales (département, ville, axe ) ». Ce problème est si important quil sera particulièrement utile de faire des propositions concrètes aux responsables locaux sur ce que pourraient être ces programmes dévaluation, jen proposerai un sur ce site dans quelques semaines. Ajouter que « En 2 000 la sécurité routière sera déclarée grande cause nationale », cette annonce a une valeur symbolique car ce type de déclaration nest pas apte à modifier la situation sur le terrain. Il est plus intéressant de remarquer lannonce de « campagnes régulières sur les risques routiers ciblés, sur un ton plus direct ». Que signifie ce « plus direct », est-ce uniquement dans la présentation des conséquences, ou verra-t-on apparaître les renseignements mettant en cause le risque lié aux véhicules rapides, toujours omis dans les campagnes de sécurité routière (en particulier les valeurs observées pendant la période où coexistaient les véhicules relativement lents et des véhicules rapides au cours de la décennie 80). De nombreux partenariats sont annoncés dans le communiqué du CISR. Il sagit dinvestissements à long terme qui ne peuvent avoir dinfluence significative sur linsécurité routière dans le délai très court fixé par le gouvernement pour réduire de moitié la mortalité sur les routes. La nécessité de développer la recherche fait partie des affirmations
traditionnelles dans une réunion interministérielle sur un sujet aussi technique.
Laccidentologie étant nommément citée, il sera intéressant de voir combien de
postes de chercheurs seront créés dans les deux sites de lINRETS qui ont une
activité de recherche en accidentologie, le DERA à Arcueil (Département Evaluation et
Recherche en Accidentologie) et le département MA (Mécanismes daccidents) de Salon
de Provence. Cest sur des engagements concrets de ce type que lon peut faire
la différence entre un effet dannonce dépourvu de sérieux et la réalité
dune politique. Les budgets des grands organismes de recherche de lEtat étant
définis au cours des prochains mois, il sera facile de faire le bilan des créations
demplois en accidentologie à la fin de lannée. Une politique de sécurité des infrastructures La mesure annoncée ne peut avoir une efficacité notable car elle se
limite aux projets. Les responsables des infrastructures ont appris à inclure la
sécurité dans les nouvelles réalisations. Le problème est bien entendu celui des
infrastructures existantes. Ce sont ces infrastructures vétustes et inadaptées aux
connaissances actuelles qui doivent être expertisées et améliorées. La nécessité de
cette expertise avait été affirmée dans le livre blanc de sécurité routière de 1988,
elle est redoutée par les responsables locaux qui craignent davoir à faire des
investissements au delà de leurs possibilités financières. Il convient de mettre en
place des possibilités de financement collectives quand les charges liées à ces travaux
dépassent un certain seuil par habitant. Si nous ne définissons pas des méthodes
précises dexpertises des infrastructures et de planification des travaux
nécessaires, nous nobtiendrons pas lefficacité que lon peut obtenir
par les actions sur linfrastructure. Il faut comprendre que la suppression des
« points noirs », cest-à-dire des zones qui ont connu un nombre élevé
daccidents sur une longueur limitée dune infrastructure, est en grande partie
achevée. Il faut maintenant sattaquer à des risques infrastructurels dune
autre nature. Un arbre en bordure de chaussée, que lon peut replanter au delà
dun fossé correctement dessiné pour éviter son franchissement, nest pas un
point noir, mais cest un obstacle fixe qui peut faire un mort dans un mois ou dans
dix ans et un expert en infrastructure est capable didentifier ce type de risque et
les méthodes de prévention. Ce type de programme ne doit pas se limiter au réseau
national (une annonce dun programme pluriannuel de suppression ou disolement
des obstacles latéraux (arbres, poteaux, murs) sur le réseau national est faite dans le
communiqué du CISR). La concertation sur les feux de croisement de jour Cette mesure est actuellement lobjet dun débat très large
dans les milieux de laccidentologie. Les modélisations qui ont été produites sur
les bénéfices à attendre dune telle mesure ne sont pas acceptées sans
réticences par tous. Il est évident quune expérimentation pendant une période de
plusieurs mois sera nécessaire pour vérifier lefficacité dune telle mesure
déjà utilisée dans plusieurs pays qui nont pas des conditions déclairement
diurne et une climatologie comparable aux nôtres. Cette expérimentation devra être
particulièrement bien préparée pour que la décision soit appliquée par
lensemble des conducteurs. Nous ne devons pas reproduire les ratés que nous avons
connus lors de lusage obligatoire des codes en ville la nuit. Un développement des plans de prévention dans les services de lEtat et en entreprise. Cest une source évidente et importante de réduction des accidents et certaines entreprises de transport ont montré depuis longtemps quune politique de prévention active au sein de lentreprise pouvait diviser par deux ou trois laccidentalité. Il faut connaître les méthodes qui ont été mises en uvre dans ces entreprises. Il sagissait de mesures dévaluation très contraignantes (surveillance des disques enregistreurs, des distances parcourues avec un train de pneumatiques, des incidents de parcours etc.). Il faut des moyens, un savoir faire, une constance dans laction qui exigent une culture dentreprise forte, nécessitant plusieurs années de pratique pour atteindre lefficacité. Il ne sagit pas de faire quelques conférences ou quelques séances de formation pour obtenir des résultats. Cette nécessité dune évaluation est identique à celle qui a été citée à propos des contrôles par les policiers et les gendarmes. Nous ne connaissons pas de système relevant dactions humaines qui soit capable daméliorer ses performances sans évaluation. Cest cette dernière qui provoque un retour dinformation susceptible daméliorer un comportement et finalement les résultats. CONCLUSIONS
2 - Une ébauche d'action sur l'infrastructure, mais limitée aux nouveaux aménagements et aux obstacles fixes sur le réseau national. C'est un début timide, il faudra en venir à l'inspection de l'ensemble du réseau pour obtenir les gains encore possibles par une action sur l'infrastructure, malgré tous les progrès effectués depuis trente ans. 3 - Rien de sérieux sur les mesures qui permettraient réellement de contrôler les vitesses par d'autres méthodes que le radar couplé au policier et au juge. Aucune volonté de porter au niveau de l'Union le contrôle à la construction de la vitesse maximale des véhicules, aucune volonté d'utiliser les enregistreurs de vitesse, pas d'usage des tickets de péage sur les autoroutes pour contrôler les vitesses moyennes. L'absence de ces mesures met bien en évidence les limites de la politique gouvernementale. Ce choix d'une sécurité "humaine" reposant principalement sur le couple usager/système de contrôle et de sanctions est à mes yeux une erreur. Elle suppose une rigueur dans l'application des règles qui est plus dans la tradition anglo-saxonne, germanique ou scandinave que dans la tradition méditerranéenne à laquelle nous nous rattachons. Nous avons intérêt, si nous recherchons l'efficacité, à développer la sécurité dite "intrinsèque" ou "structurelle", qui repose sur les caractéristiques de l'outil et de son environnement. Les comportements culturels spécifiques d'une population créent des difficultés quand on souhaite adopter des solutions identiques dans un ensemble aussi hétérogène que l'Europe. Il est moins dangereux de mettre en circulation un véhicule qui peut dépasser largement la vitesse maximale autorisée dans un pays où l'usager respecte les limites de vitesse, par civisme et parce que le système de contrôle est efficace, que de le laisser circuler en France. Il faut comprendre qu'au delà d'un certain niveau de transgression d'une règle, le système de contrôle est débordé et devient inefficace. C'est ce qui s'est passé dans notre pays pour le respect des vitesses maximales. Il sera très difficile de reprendre la dérive progressive qui s'est installée et qui fait que les policiers ont par exemple placé leur seuil d'intervention en agglomération à 70 km/h. Nous allons donc voir si en misant toute sa politique de sécurité routière sur l'amélioration du système de contrôle et de sanctions le Gouvernement est capable d'atteindre les objectifs fixés le 26 novembre 1996 : réduire de 50% la mortalité en cinq années.
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