les passages à niveau

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Le croisement d'une route et d'une voie de chemin de fer met en présence deux mondes relevant de modes de gestion différents. La solution optimale pour réduire le risque de confrontation est assurée par la séparation des trafics, mais elle est coûteuse et il serait absurde de privilégier ce type d'équipement et d'y consacrer des sommes très importantes, alors que la rationalisation des investissements pour un objectif de sécurité ne le justifie pas.

Une telle affirmation peut paraître surprenante au terme d'un été 2008 qui semble avoir été marqué par un nombre important d'accidents sur des passages à niveau. Comment soutenir que l'investissement n'est pas urgent si des personnes sont tuées sur ces passages, alors que nous avons une solution technique efficace ? Il faut rappeler une nouvelle fois que nous disposons de solutions efficaces qui ne coûtent rien dans plusieurs domaines de la sécurité routière et qu'elles ne sont pas mises en oeuvre. Il convient d'appliquer à ce type de problème les principes de base de la rationalisation des choix budgétaires . C'est dans le domaine de la sécurité routière que les techniques d'optimisation des investissements ont été développées depuis maintenant une cinquantaine d'années. Quand des dépenses permettent de réduire l'insécurité routière, il faut les programmer dans un ordre favorisant les dépenses qui permettent d'éviter le plus grand nombre d'accidents à coût égal. Cette règle n'a jamais été appliquée avec une rigueur parfaite, cette rationalité froide aboutissant à faire totalement passer à la trappe des mesures coûteuses évitant un nombre réduit de tués ou de blessés. Les décideurs sont habitués à donner une place à des mesures peu "rentables", pour montrer leur volonté d'agir dans les différents domaines concernés et ne pas apparaître comme des monstres dépourvus de sentiments capables d'abandonner des mesures qui "peuvent sauver des vies". Il faut cependant éviter de gaspiller les moyens disponibles et conserver un équilibre raisonnable entre les mesures prises pour répondre à une demande en grande partie irrationnelle et celles qui correspondent à un choix solidement argumenté.

Ce type de problématique n'est pas spécifique de la sécurité routière, elle domine la sécurité sanitaire dans tous ses aspects. Des pratiques coûteuses peuvent être mises en oeuvre pour des  bénéfices minimes, notamment quand l'usage incontrôlé du principe de précaution remplace le bon sens.

L'exemple de la réduction du risque lié aux passages à niveau est particulièrement adapté pour développer une pédagogie de la gestion d'un risque routier. Mon intention est de développer ce dossier au cours des prochains mois en distinguant plusieurs étapes du processus. Chacune d'entre elles sera évolutive en fonction des renseignements que je pourrai obtenir de la SNCF et par l'étude des procédures d'accidents mortels établies après ces accidents.

Les données accidentologiques.

Le bilan de l'insécurité routière publié par l'ONISR comporte un tableau subdivisant les accidents de passages à niveau en fonction de leur aménagement pour ceux qui impliquent des véhicules. Les accidents de piétons sont également identifiés et la distinction est faite entre les conséquences corporelles (blessures graves et tués). Les données concernent les années civiles qui précèdent l'année concernée par le bilan (les données transmises par la SNCF pour l'année 2005 sont publiées dans le bilan 2006) :

collisions de véhicules avec des trains 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1994 1990
passages à niveau gardés     0 0 4 2 1 6 6 9 7
passages à niveau avec signalisation automatique     95 84 129 134 122 107 132 138 155
passages à niveau sans barrière ni signalisation     23 26 40 26 37 35 26 32 50
accidents de piétons     12 16 24 15 15 20 17 24 21
nombre total d'accidents 115 140 130 126 197 177 175 171 181 203 233
nombre de tués 38 40 38 38 61 40 45 49 46 44 57
nombre de blessés graves 7 14 18 13 14 19 22 20 16 18 18

Il s'agit donc d'une situation qui évolue vers la réduction du risque en valeur absolue entre 1990 et 2007 (nombre d'accidents et nombre de tués) et il faut éviter de la présenter comme en aggravation régulière d'année en année. La réduction du nombre d'accidents en proportion est de 44% pour le nombre d'accidents et de 33% pour les décès. Ce type de bilan ne permet pas une analyse détaillée des typologies d'accidents et des calculs de risques relatifs. Elle permet tout au plus de poser un certain nombre de questions :

Les solutions possibles

De nombreuses solutions ont été envisagées et discutées à la suite des accidents de passages à niveau observés récemment. Il s'agit plus d'un recensement que d'une procédure définissant une politique publique différente de celle qui a été mise en oeuvre depuis plusieurs années par les partenaires concernés (SNCF, ministère ayant en charge la sécurité routière, collectivités locales). Cette politique consiste à transformer progressivement les passages à niveau en passages supérieurs ou inférieurs, à un rythme qui ne peut régler le problème avant de nombreuses décennies, sans mettre en oeuvre d'autres choix d'aménagement. En réponse à des questions de journalistes, j'ai fait (avec d'autres) des propositions qui peuvent s'associer à ces transformations structurelles lentes car coûteuses. J'en citerai deux :