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Mercredi 19 mars 2003
LUTTE CONTRE LA VIOLENCE ROUTIÈRE
L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi
renforçant la lutte contre la violence routière.
M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports,
du logement, du tourisme et de la mer - Le projet que mon
collègue, le Garde des Sceaux, et moi-même vous présentons vise à mettre
un terme à une situation intolérable : accepter comme une fatalité la
première cause d'insécurité en France - 8 000 tués, plus de 120 000
blessés sur la route chaque année, à comparer aux 1 000 décès par
homicide volontaire. Les chiffres sont effrayants, malgré une décrue
régulière depuis le pic de 16 545 tués en 1972.
En quarante ans, 500 000 vies humaines ont été perdues, plus de
11 millions de blessés ont souffert ou souffrent encore dans leur chair.
Or, dans 90 % des cas, la cause est un comportement au mieux inadapté,
le plus souvent transgressif. Car la circulation est un lieu où les
occasions de violer la norme sont aisées et à force d'arrangements
personnels, les conducteurs considèrent trop souvent les règles du code
de la route comme optionnelles.
Cette transgression, qui touche tous les milieux et tous les âges, ne
doit certes pas éluder les autres causes d'accident : les insuffisances
des infrastructures, le retard pris dans la sécurité active et passive
des véhicules. Mais c'est bien le changement des comportements qui
permettra de mettre un terme à des drames d'autant plus inacceptables
que 60 % des victimes n'ont aucune responsabilité dans l'accident.
C'est une responsabilité collective et une responsabilité
individuelle. Le Président de la République a décidé, le 14 juillet
2002, de faire de la lutte contre l'insécurité routière l'un des trois
chantiers de son quinquennat. Le 18 décembre dernier, le comité
interministériel de la sécurité routière a arrêté, dans le cadre d'un
programme pluriannuel, les premières mesures propres à mieux faire
respecter les règles. Nous prendrons dans les prochains jours les
mesures réglementaires correspondant à ces orientations, dont le retrait
de points pour usage d'un téléphone portable pendant la conduite et pour
défaut de port du casque à moto.
Ce projet a, quant à lui, un double objectif. Il s'agit, d'une part,
de renforcer le dispositif pénal pour faire cesser le sentiment
d'impunité de trop de conducteurs, d'autre part de prévenir les
accidents par des mesures améliorant la sécurité des véhicules et des
infrastructures et par une responsabilisation accrue des conducteurs,
notamment les plus jeunes.
Le premier volet comporte une aggravation des peines et
l'accélération des sanctions par une refonte du mode de traitement de la
délinquance routière. Le Garde des Sceaux vous présentera ces
dispositions, qui nous permettront de passer des engagements aux
décisions.
Contrairement à certains commentaires, ce projet comporte aussi des
mesures de prévention - c'est le second volet. La plus significative est
l'instauration du permis probatoire - plusieurs d'entre nous avaient
d'ailleurs déposé des propositions de loi en ce sens. Cette mesure
améliorera l'apprentissage de la conduite en n'accordant les douze
points du permis définitif qu'au terme de trois années de conduite sans
infraction. Le permis probatoire ne sera affecté que de six points et un
conducteur novice qui commettrait un délit, ou une contravention sous
l'empire de l'alcool, au cours de ces trois années verrait son permis
invalidé. Ces dispositions se justifient par le fait que les nouveaux
conducteurs ont un taux d'accidents trois fois supérieur à la moyenne.
Cette volonté de prévention a conduit ainsi à aggraver les sanctions
contre la vente des matériels pour le débridage des
cyclomoteurs et pour la détection de radars. Les agents de la DGCCRF
seront habilités à constater ces infractions, qui deviennent des délits.
Pour réduire les accidents liés aux infrastructures, les possibilités
de déplacer les obstacles en bordure des routes - arbres, poteaux,
murets, fossés ou talus - qui interviennent dans 1 250 accidents mortels
par an, seront renforcées et le financement de ces travaux pourra être
imposé aux concessionnaires.
Au-delà, nous voulons développer une culture de la prévention du
risque routier chez les aménageurs et gestionnaires d'infrastructures.
Il renforce la protection des délégués à la formation et des
inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière qui
remplissent dans des conditions souvent difficiles leur mission de
service public. Le candidat à l'examen qui a eu un comportement violent
envers un inspecteur pourra se voir interdire de se représenter avant un
délai de trois ans : c'est l'article 15.
Il n'est pas de bonne politique de sécurité routière sans diagnostic
précis des causes des accidents. Les collectivités territoriales
gestionnaires de voirie devront donc fournir des statistiques sur les
caractéristiques de leur réseau et le trafic correspondant à
l'observatoire national interministériel de la sécurité routière : c'est
l'article 16.
S'agissant des professionnels de la route, les articles 17 et 18
renforcent les dispositifs de sécurité. Le code de la route est complété
afin de permettre l'immobilisation immédiate des véhicules routiers
enfreignant la réglementation relative au transport de marchandise
dangereuses : il faut pouvoir exiger du transporteur qu'il se mette en
conformité avec les règles de sécurité avant de poursuivre son trajet.
Il s'agit par ailleurs de confirmer dans la loi d'orientation des
transports intérieurs que la profession de déménageur reste soumise aux
règles des entreprises de transport.
Le texte prend également en compte l'installation du
chronotachygraphe électronique, prévue pour août
2004 par la réglementation européenne. L'appareil actuel, de technique
horlogère, sera progressivement remplacé par un appareil entièrement
numérique auquel sera associée une carte propre à chaque conducteur. Les
infractions et sanctions actuellement prévues doivent donc être adaptées
pour tenir compte de cette évolution technologique.
Enfin, il faut simplifier la constitution des commissions des
sanctions administratives et les placer auprès des préfets de région.
Ces commissions sont chargées de veiller au respect de la réglementation
par les entreprises de transport.
La qualité du travail de votre commission - en particulier de son
président et de son rapporteur, M. Dell'Agnola -
comme celle du travail de l'Assemblée, mérite d'être saluée. Le nombre
et la qualité des amendements que vous avez déposés montrent tout
l'intérêt de ce sujet et la prise de conscience qu'il suscite.
Pour autant, toutes vos propositions ne pourront être retenues
aujourd'hui. Certaines portent sur des mesures réglementaires,
auxquelles nous travaillerons. D'autres exigent des expertises
préalables, que nous engagerons au cours des prochaines semaines,
notamment au sein du conseil national de la sécurité routière. C'est
bien volontiers que je vous en rendrai compte.
En érigeant la sécurité routière en grande cause nationale, le
Président de la République, aidé par le Gouvernement, a fait le choix de
la vie contre la mort, de l'usager de la route et de la société contre
la violence et la transgression.
La rupture que nous appelons de nos voeux exige la mobilisation de
tous, sans état d'âme, loin de tout esprit partisan.
J'en appelle à vous qui êtes, sinon vous-mêmes élus locaux, du moins
en contact avec eux : leur appui et leur volonté peuvent faire de
grandes choses pour la sécurité routière. Tous ensemble, transformons
l'amélioration constatée aujourd'hui en tendance durable. Ce sera notre
victoire à tous !
Je dis solennellement qu'il est des circonstances où l'individualisme
s'efface devant la règle civique : sauver chaque année des milliers de
vies, épargner des dizaines de milliers de souffrances, justifie bien
quelques sacrifices, des efforts de discipline et de respect de l'autre
pour la pacification durable d'une route mieux partagée.
Je voudrais enfin rendre hommage aux associations qui oeuvrent depuis
des décennies à pacifier la route. Si elles n'ont pas toujours été
entendues, elles ont joué un rôle formidable, car nous revenons de
loin : 17 000 vies sacrifiées chaque année il y a trente ans, 8 000
aujourd'hui. Nous avons fait la moitié du chemin et c'est grâce aux
associations, qui sont notre conscience permanente.
Je vous remercie pour tout le travail que vous avez déjà effectué et
pour celui que nous allons faire durant les prochaines heures
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDF et du groupe UMP).
M. Dominique Perben, garde des sceaux, ministre de la justice -
Nous en sommes tous convaincus, l'insécurité routière est un scandale
auquel notre pays paie un trop lourd tribut depuis trop longtemps. La
France ne pouvait plus demeurer la lanterne rouge de l'Europe.
Notre société tolère heureusement de moins en moins toutes les formes
de violence. Elle rejette désormais les risques absurdes que la violence
routière fait courir aux vies humaines. Il fallait répondre à la très
grande attente des Français dans ce domaine.
Le Président de la République a dit au Gouvernement qu'il attendait
une action concertée, énergique et opiniâtre et assigné aux pouvoirs
publics l'objectif de rejoindre nos voisins européens les meilleurs.
« Les Français sont, a-t-il ajouté, prêts à accepter des mesures
courageuses ». Eh bien, nous y sommes.
Je veux moi aussi rendre un hommage appuyé aux associations qui,
depuis des années, ont ouvert les yeux de nos compatriotes sur le
scandale de l'insécurité routière. Sans leurs efforts inlassables, cette
prise de conscience salutaire n'aurait pas eu lieu.
M. de Robien vient de rappeler la mobilisation nationale que reflète
l'engagement de tous les ministères concernés pour rompre avec la
« fatalité ». Le comité interministériel de la sécurité routière du 18
décembre s'y est employé.
Deux mots-clés résument notre action et celle de la justice en
particulier : responsabilité et efficacité. La première passe par la
sanction et par la pédagogie de la sanction, la seconde concerne toutes
les infractions, tout au long de la chaîne pénale. La justice joue à cet
égard un rôle de premier plan, comme le montre la nomination récente
d'un magistrat aux fonctions de délégué interministériel à la sécurité
routière.
La mobilisation pour la sécurité routière est générale et engage au
premier chef le Parlement. Je salue le travail de votre commission et
celui de son rapporteur, M. Dell'Agnola, dont les
amendements renforcent la cohérence du texte. Cette convergence de vue
ne saurait étonner : M. Dell'Agnola est à l'origine
de la loi du 3 février 2003 permettant de réprimer l'usage de
stupéfiants au volant, première pierre de l'édifice juridique que le
Gouvernement vous propose de construire. Son décret d'application sera
publié très rapidement.
J'en viens aux principales dispositions de ce projet qui relèvent de
la justice.
Pour sanctionner plus sévèrement ces responsables d'accidents mortels
ou corporels, je vous propose une première aggravation des peines
encourues lorsque l'accident mortel ou corporel est causé par
l'imprudence d'un conducteur. La faute d'imprudence au volant, qui
constitue une contravention au code de la route, demeure en tout état de
cause nécessaire pour caractériser une infraction.
Les peines sanctionnant les homicides et les blessures involontaires
résultant de l'imprudence d'un conducteur sont respectivement portées de
trois à cinq ans et de deux à trois ans d'emprisonnement.
Une deuxième aggravation des peines est prévue lorsque les faits sont
commis avec l'une des six circonstances aggravantes suivantes : conduite
sous l'empire d'un état alcoolique, après avoir fait usage de
stupéfiants, mise en danger délibérée d'autrui, délit de fuite, conduite
sans permis de conduire ou délit de grand excès de vitesse.
Les peines sont à nouveau aggravées si sont réunies deux ou plus de
ces circonstances, jusqu'à atteindre dix ans d'emprisonnement en cas
d'homicide involontaire et sept ans en cas de blessures involontaires.
La peine de dix ans d'emprisonnement existe déjà dans notre
législation en cas d'homicide involontaire avec, d'une part, alcoolémie,
usage de stupéfiant ou délit de fuite et, d'autre part, mise en danger
délibérée. La peine la plus élevée prononcée en 2001
dans une telle hypothèse a été de sept ans d'emprisonnement ferme.
Il ne s'agit là évidemment que des peines maximales prévues par la
loi, les juridictions répressives appréciant dans chaque cas d'espèce la
sanction à appliquer. Ces peines maximales sont destinées à faire
prendre conscience de la gravité des actes de violence routière.
Je me réjouis donc qu'elles aient été adoptées par votre commission,
sous réserve d'améliorations formelles.
Votre commission propose par ailleurs que les nouvelles
incriminations réprimant les accidents corporels de circulation
continuent de relever de la compétence du juge unique ; c'est là une
précision indispensable.
Votre commission a enfin adopté un amendement de M. Garraud
qui comble une lacune de notre législation : l'auteur fautif d'un
accident de circulation qui provoque l'interruption d'une grossesse ne
commet aucune infraction. Or, cette situation est paradoxale, puisqu'un
délit sera constitué si l'accident, sans provoquer l'interruption de la
grossesse, fait naître un enfant souffrant de lésions physiques ou
psychiques. Aussi le texte adopté par votre commission me paraît-il
justifié.
Dans un souci d'efficacité, le présent projet renforce la répression
des infractions portant atteinte à la sécurité routière.
En premier lieu, afin de mieux sanctionner les conducteurs qui, après
avoir commis une première infraction, continuent
d'avoir un comportement dangereux sur la route, l'efficacité des règles
applicables en cas de récidive doit être accrue. Ainsi, pour les
contraventions de cinquième classe au code de la route, devenant des
délits en récidive, comme le défaut de permis ou le grand excès de
vitesse, le délai de récidive est porté d'un à trois ans.
De même, la sanction de la récidive de certains délits violents est
harmonisée : ainsi, le conducteur qui, par ses fautes de conduite
répétées, cause un premier accident en blessant un piéton, puis un
second accident provoquant la mort d'un automobiliste, sera considéré
comme récidiviste ; la personne poursuivie pour usage de stupéfiant au
volant après avoir été condamnée pour conduite sous l'empire de l'alcool
sera également considérée comme telle.
Il était également indispensable de renforcer l'efficacité des peines
complémentaires. La possibilité d'aménager la peine de suspension du
permis de conduire est notamment supprimée en cas de délit mettant en
danger la vie d'autrui. La pratique des permis blancs a en effet
provoqué d'importants contentieux. Par ailleurs, elle affaiblit tant
l'utilité de la sanction des conducteurs particulièrement dangereux que
son aspect pédagogique. Le tribunal conserve la faculté de déterminer la
durée de la suspension, mais on ne peut considérer qu'une personne est
dangereuse au volant le week-end, mais pas pendant la semaine !
Les peines complémentaires sont également diversifiées, pour
permettre au juge de les personnaliser. Sont ainsi créées des peines de
stage de formation à la sécurité routière ou d'interdiction de conduire
certains véhicules... La confiscation du véhicule pourra intervenir en
cas d'homicide involontaire ou de conduite sans permis en récidive. La
commission des lois propose par ailleurs fort opportunément d'étendre
ces peines à certains délits.
Enfin, le projet de loi entend faciliter le traitement du
contentieux, notamment en renforçant l'efficacité de la procédure de
l'amende forfaitaire. La recevabilité des contestations devient en effet
subordonnée à la consignation de l'amende dans les cas où une
présomption de responsabilité pécuniaire existe, selon l'article
L. 121-3 du code de la route. Parallèlement, le recours à des contrôles
automatisés des infractions routières est expressément prévu. Une
mission interministérielle travaille depuis plusieurs semaines au
développement de ces dispositifs. Une présomption de domiciliation est
également instituée, car trop de contrevenants échappent aux poursuites
pour ne pas avoir déclaré leur changement d'adresse au fichier national
des immatriculations.
L'efficacité de la chaîne contrôle-sanction est
ainsi renforcée, ce qui aboutira à désengorger les tribunaux. Je me
félicite, là encore, que ces dispositions reçoivent l'accord de la
commission des lois. Pour être complet, j'ajoute que la
commercialisation et l'utilisation des détecteurs de radars et de kits
de débridage des cyclomoteurs sont plus sévèrement
sanctionnées.
Ces dispositions répondent à l'attente des Français, qui ont pris
conscience de la gravité de la délinquance routière, ainsi que les
chiffres des derniers mois en témoignent. Les associations de lutte
contre la violence routière ont été largement consultées et nombre de
leurs propositions ont été prises en considération. Certes, le droit
pénal ne constitue pas la seule réponse à la violence routière, mais il
a sa place dans ce combat. Il ne faut cependant pas se méprendre sur le
but de ces nouvelles dispositions : il ne s'agit évidemment pas
d'augmenter le nombre des automobilistes en prison, mais de renforcer le
caractère dissuasif des sanctions et l'efficacité des contrôles. La
seule annonce de cette réforme semble déjà produire des effets
bénéfiques. Il ne faut donc pas relâcher notre effort. Le Gouvernement
est bien conscient que la lutte contre la violence routière s'inscrira
dans le temps et nécessitera une mobilisation sans faille des autorités,
et spécialement de l'institution judiciaire. C'est dans cet esprit que
je vous demande d'adopter le présent projet de loi (Applaudissements
sur les bancs du groupe UMP et du groupe UDF).
M. Richard Dell'Agnola, rapporteur de la
commission des lois - Avec plus de 8 000 tués et 150 000 blessés
en 2001, la France est l'un des pays les plus meurtriers d'Europe. Le
Président de la République s'est donc engagé, le 14 juillet, à faire de
la lutte contre l'insécurité routière l'un de ses chantiers
prioritaires. Le Gouvernement a organisé les premiers états généraux le
17 septembre et arrêté son programme le 18 décembre. L'annonce des
mesures prévues a eu un effet immédiat. Le nombre de tués sur les routes
diminue depuis neuf mois consécutifs, la baisse étant respectivement de
28 %, 33 % et 36 % pour les trois derniers mois.
Le présent projet de loi montre la détermination du Gouvernement à
confirmer cette tendance, et je salue ici l'action conjointe du ministre
des transports et du garde des Sceaux. Le texte vise à la fois à
améliorer l'efficacité de la répression et la prévention des accidents.
Il a été très bien accueilli par les acteurs de la sécurité routière, en
particulier par les associations. Le dialogue noué avec elles a été très
fructueux ; qu'elles en soient ici remerciées. Les drames dont la presse
s'est fait l'écho ont profondément ému l'opinion. Les Français ont
compris la nécessité de modifier leur comportement sur les routes et
approuvent l'action du Gouvernement en la matière.
Le texte vise en premier lieu à rendre plus lisibles des sanctions
applicables. Il crée pour cela des délits d'homicide et de blessures
involontaires à l'occasion de la conduite d'un véhicule, alors que ces
actes n'étaient jusqu'alors pas réprimés par des dispositions
spécifiques. Ensuite, il alourdit les peines encourues pour les délits
les plus graves. L'homicide involontaire sera désormais puni de cinq ans
d'emprisonnement, au lieu de trois actuellement, et de sept ou de dix
ans selon qu'il existe une ou plusieurs circonstances aggravantes. Pour
les blessures entraînant une incapacité de travail supérieure à trois
mois, les peines seront de trois ans au lieu de deux, et cinq et sept
ans en cas de circonstances aggravantes. Pour les blessures avec
incapacité de travail inférieure à trois mois, elles seront
respectivement de deux, trois ou cinq ans.
La liste des circonstances aggravantes est complétée par
l'imprégnation alcoolique, l'usage de stupéfiants, la mise en danger
délibérée de la vie d'autrui, le défaut de permis de conduire et le
grand excès de vitesse. En outre, afin de mettre fin à la pratique
abusive des permis blancs, toute possibilité d'aménagement de la peine
de suspension du permis est supprimée pour les délits les plus graves.
La commission des lois a complété ces dispositions, à l'initiative de
Jean-Paul Garraud, par une sanction de deux ans
d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende pour le responsable de tout
accident entraînant une interruption involontaire de grossesse. Elle a
également adopté un amendement de Michel
Buillard visant à étendre à la Polynésie française la loi du 3 février
2003 relative à la conduite sous l'influence de stupéfiants, pour mieux
lutter contre la consommation de
pakalolo.
Le projet durcit également les sanctions contre les conducteurs dont
le comportement reste dangereux malgré une première condamnation.
L'article 4 est relatif à la récidive. Le délai de récidive est porté de
un à trois ans et les contraventions de cinquième classe deviennent des
délits en cas de récidive. Quant à l'article 6, il crée deux nouvelles
peines complémentaires : l'interdiction de conduire certains véhicules à
moteur et l'obligation de suivre un stage de sensibilisation à la
sécurité routière. Il prévoit également la confiscation du véhicule pour
les délits les plus graves et l'interdiction définitive de solliciter un
nouveau permis en cas de récidive d'homicide involontaire aggravé.
La commission des lois a adopté un amendement de Georges Fenech
visant à installer sur le véhicule du délinquant routier un enregistreur
de vitesse, pour une durée de cinq ans, et un autre de René
Dosière qui incite le juge à condamner les auteurs
d'infractions à des peines de travail d'intérêt général dans des
établissements d'accueil des blessés de la route. Ces deux amendements,
s'ils soulèvent des difficultés pratiques, ont un intérêt pédagogique.
En matière de contentieux, le projet de loi étend les possibilités de
recours aux contrôles automatisés et aux amendes forfaitaires. Le
propriétaire du véhicule ne pourra plus contester l'amende forfaitaire
que si une somme équivalente est consignée. Cette mesure vise à éviter
les recours abusifs au juge. De façon générale, la réforme vise à
désengorger les tribunaux. L'institution judiciaire ne parvient en effet
plus à faire face. Le taux de recouvrement des amendes est à peine
supérieur à 35 %. De surcroît, le contentieux sera plus équitable avec
une sanction immédiate et égale pour tous.
Le texte comporte enfin un volet préventif, que les travaux de la
commission ont permis d'enrichir. Il instaure notamment un permis
probatoire de six points pour les conducteurs novices, qui récupéreront
leurs 12 points au bout de trois ans sans infraction. Cette mesure
devrait faire reculer la surmortalité des 18-24 ans. Afin d'inciter à la
conduite accompagnée, qui donne d'excellents résultats, votre rapporteur
a proposé un amendement visant à réduire la période probatoire à deux
ans dans ce cas.
Le projet comprend d'autres mesures préventives, telles que la
répression de la commercialisation et de l'utilisation de détecteurs de
radars ou de kits de débridage des cyclomoteurs, le
retrait de la circulation des véhicules gravement endommagés ou
l'amélioration de la sécurité du transport de matières dangereuses. Pour
prévenir les agressions contre les inspecteurs du permis de conduire,
les magistrats pourront prononcer l'interdiction de se présenter à
l'examen pour trois ans.
La commission a adopté un amendement de Patrick
Delnatte tendant à sensibiliser les conducteurs aux notions élémentaires
de premier secours, dans le cadre de leur formation. Cet amendement
nécessitera un décret d'application.
La commission des lois a également adopté, contre l'avis de votre
rapporteur, deux amendements de Monsieur Estrosi.
Le premier tend à relever à 150 km/h la vitesse
maximale autorisée sur les autoroutes comportant au moins trois voies...
M. Armand Jung - Scandaleux !
M. Christian Estrosi - Plusieurs
socialistes l'ont voté !
M. le Rapporteur - Cette mesure, à contre courant du présent
texte, ne paraît pas le meilleur signal à envoyer aux Français au moment
où leurs comportements sur les routes commencent à changer ! Le second
vise à soumettre les conducteurs à un examen médical tous les dix ans.
Une disposition analogue a été arrêtée par le Comité interministériel du
18 décembre 2002 et doit prochainement faire l'objet d'un décret.
Notre commission a aussi adopté un amendement de M.
Luca tendant à instaurer dans les meilleurs délais
l'immatriculation des cyclomoteurs (Murmures sur les bancs du groupe
socialiste).
Enfin, le projet comporte deux séries de dispositions sans lien
direct avec le texte mais qui se justifient par l'urgence qui s'attache
à leur adoption.
La première concerne les enquêtes techniques destinées à déterminer
les causes des accidents d'aéronefs militaires.
La seconde complète les dérogations apportées au principe de
l'encellulement individuel, posé par la loi du 15 juin 2000 et qui doit
entrer en vigueur le 16 juin 2003. Par cette disposition, le
Gouvernement ne renonce pas au principe mais prend acte d'une
impossibilité pratique de l'appliquer immédiatement. Le plan de
construction de prison annoncé en novembre doit permettre d'atteindre
progressivement cet objectif.
M. René Dosière - Cela n'a rien à voir
avec le texte !
M. le Rapporteur - D'autres mesures d'ordre réglementaire sont
en préparation. Elles concernent l'usage du téléphone portable au
volant, le port de la ceinture de sécurité et l'aptitude physique à la
conduite. Leur application nécessite une augmentation des moyens
financiers et humains. Si les crédits consacrés à la sécurité routière
ont sensiblement augmenté dans la loi de finances pour 2003
- 1 200 policiers et gendarmes devant en outre être recrutés sur cinq
ans - l'effort doit être poursuivi. Il appartiendra au Gouvernement de
nous le confirmer !
L'efficacité du dispositif repose sur la mobilisation de tous. A cet
égard, la présentation conjointe de ce texte par le Garde des Sceaux et
par le Ministre de l'équipement et des transports témoigne de la
mobilisation du Gouvernement. Il y a là un véritable changement de
culture que je tenais à saluer.
L'insécurité routière n'est pas une fatalité. Une dynamique nouvelle
est engagée : à nous de l'amplifier. Cette victoire sur l'un des fléaux
les plus inacceptables de notre pays ne pourra être que collective.
C'est pourquoi il est essentiel que notre assemblée puisse apporter à ce
texte un large soutien (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP
et du groupe UDF).
EXCEPTION D'IRRECEVABILITÉ
M. le Président - J'ai reçu de M. Jean-Marc Ayrault et des
membres du groupe socialiste une exception d'irrecevabilité déposée en
application de l'article 91, alinéa 4, du Règlement.
M. Jacques Floch - Monsieur le Garde des
Sceaux, avez-vous l'intention de remplir au-delà du raisonnable les
maisons d'arrêts de notre pays en jouant sur le tout répressif en
matière de sécurité routière ? Ou faut-il croire que le Gouvernement
avait ignoré la réalité de la situation des prisons au point de renoncer
aujourd'hui à la mise en cellule individuelle, gage unanimement reconnu
de lutte contre la récidive ? Peut-être sous-estime-t-il aussi la
tendance des tribunaux, entraînés dès la
pré-campagne présidentielle dans une surenchère
répressive, à prononcer des peines de plus en plus longues ?
Quoi qu'il en soit, il est fâcheux d'avoir introduit dans ce texte un
article sans rapport avec son objet - il s'agit de l'article 24 - pour
vous permettre, sur un sujet aussi sensible, de changer de cap sans
prévenir (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe socialiste).
M. René Dosière - C'est un véritable
cavalier !
M. Jacques Floch - Le présent projet
traite d'un sujet sur lequel l'ensemble des élus aurait dû se retrouver
depuis longtemps. 8 000 personnes meurent chaque année sur nos routes.
Combien sont blessées, parfois à vie ! Il y a là un problème de société
très particulier, car les délinquants de la route sont des gens comme
tout le monde.
Les socialistes auraient aimé voter le texte fondateur d'une
politique consensuelle. Au reste, la gauche, qui s'est trouvée bien
isolée depuis 1989, ne peut que se réjouir de voir les oeillères tomber
et les intérêts particuliers mis de côté (« Quel culot ! » sur les
bancs du groupe UMP).
Aussi bien le présent projet contient-il plusieurs dispositions que
nous soutiendrons. D'autres nous paraissent plus discutables :
considérer un véhicule comme une arme - c'est-à-dire comme un outil
conçu pour blesser ou tuer - n'est pas une vérité d'évidence et il y a
beaucoup à dire des aggravations de peines qui nous sont proposées en
conséquence. Certaines propositions sont vraiment contestables,
notamment celle votée en commission des lois qui tend à assimiler une
fois de plus l'embryon à l'homme, l'avortement à l'homicide...
M. Jean-Paul Garraud - Il n'a rien
compris ! Les femmes apprécieront !
M. Jacques Floch - Parlons-en ! Il est
indécent d'utiliser le support d'un texte sérieux sur un sujet
consensuel pour faire passer en catimini une disposition sans rapport
avec le sujet. Mais, je me bornerai à appeler votre attention sur la
suppression d'une règle qui, à en croire les déclarations des uns et des
autres, tient à coeur à tout le monde, y compris même au Gouvernement !
Il s'agit du principe de bon sens « un détenu une cellule », enfin
inscrit dans la loi du 15 juin 2000. Le texte prévoit que la
distribution intérieure des maisons d'arrêt ou leur encombrement
temporaire ne peuvent justifier que les prévenus ne
soient pas emprisonnés individuellement. La mesure, introduite par voie
d'amendement à l'Assemblée, était envisageable grâce à la diminution
attendue du nombre de détentions provisoires et elle devait entrer en
vigueur en juin prochain, soit trois ans après avoir été votée.
Si Mme Guigou, alors Garde des Sceaux, s'y était opposée, c'est
qu'elle craignait, en toute honnêteté, de ne pas disposer des places
nécessaires pour respecter la loi nouvelle et elle demandait un délai
supplémentaire de deux ans. Hormis cette divergence de vues, aucune voix
ne s'était élevée contre le principe lui-même. Chacun savait que le défi
allait être difficile à relever mais tout le monde a estimé que les
enjeux en valaient la peine. Tout a été dit dès le mois de mars 1999.
Personne ne peut prétendre qu'il ne savait pas à quoi s'en tenir.
Or voici qu'à la fin d'un texte dédié à la sécurité routière, un
cavalier surgit pour réduire à néant un principe essentiel et entériner
la détestable situation antérieure. L'encellulement individuel ne serait
plus obligatoire, non seulement quand le détenu le demande ou que les
nécessités de l'organisation de son travail l'imposent, mais également
quand sa personnalité le justifie - il faut sans
doute comprendre, « s'il est suffisamment solide pour le supporter ! »,
ou « si la distribution intérieure de la maison d'arrêt ou le nombre de
détenus présents ne permet pas un tel emprisonnement ».
Et pourquoi ? Par manque de place ! Faut-il rappeler que
l'entassement dont il s'agit concerne des êtres humains dont la dignité
est placée sous la sauvegarde de la société et non des boîtes de
conserve ! C'est toute la politique de la réinsertion qu'il nous est
proposé d'abandonner sans lutter. La lutte contre la récidive est mise à
mal car si les prisons de la République continuent d'être considérées
comme des poubelles, elles resteront des écoles du crime !
Conformément à sa jurisprudence, le Conseil constitutionnel ne
manquera pas de sanctionner ce cavalier particulièrement noir, qui
désespère tous ceux qui connaissent le monde carcéral.
Et il faut revenir sur le fond de l'affaire : comment apprécier une
disposition qui vise à autoriser l'inacceptable, alors, précisément, que
le devoir du législateur est de l'empêcher ? Comment excuser la
commission des lois qui, pour éviter au Gouvernement un grand embarras,
a préféré céder sur un principe dont les modalités d'exécution auraient
pu, à la rigueur, être aménagées ?
Les prisons sont engorgées comme jamais. Avec 57 621 détenus pour
48 761 places, la situation est catastrophique. Faut-il s'en
accommoder ? C'est bien cela qui nous est demandé : s'il est voté, cet
article maintiendra un statu quo juridique tout à fait
insupportable.
Ne vaudrait-il pas mieux tenter de comprendre comment, en moins d'un
an, on en arrive à baisser les bras aussi discrètement que possible !
Déjà en 2000, le bilan avait été dressé et chacun sur ces bancs en avait
été révolté.
Les deux rapports parlementaires votés à l'unanimité par le Parlement
- et notamment « la France face à ses prisons - l'ont clairement
établi : nos prisons sont une honte pour notre pays. Loin d'en sortir
meilleur, on les quitte, à l'issue de sa peine, endurci ou désaxé.
On ne peut ignorer les suicides en prison et il faut s'étonner que la
majorité n'ait pas jugé utile d'adopter la proposition de résolution du
groupe socialiste tendant à créer une commission d'enquête sur
l'augmentation du nombre de suicides dans les prisons françaises.
De façon très informelle, le président Pascal Clément, interrogé par
notre collègue Vallini, a admis « la situation très
préoccupante des prisons, déjà relatée dans plusieurs rapports
parlementaires, et exprimé le souci de trouver, pour faire face à la
surpopulation carcérale, une solution de transition entre la période
actuelle, marquée par une évolution de la politique pénale, et
l'ouverture de nouvelles prisons conformément à la programmation en
cours. Dans cette perspective, il a suggéré l'utilisation de casernes
dont le ministère de la défense n'a plus l'usage et jugé préférable de
proposer des solutions concrètes plutôt que de refaire un diagnostic qui
a déjà été fait, notamment par une commission d'enquête créée sous la
précédente législature ». Je renvoie sur ce point au compte rendu de la
commission de lois du 26 février dernier. L'inflation carcérale ne peut
qu'aggraver le phénomène du suicide en prison. Elle-même est liée à
plusieurs facteurs. L'emprisonnement, appliqué sans discernement, à la
délinquance de masse y concourt grandement. De même des peines de prison
sont prévues là où d'autres sanctions étaient possibles : l'abaissement
à 10 ans de la majorité pénale et la modification de l'ordonnance de
1945 ne peuvent qu'augmenter le nombre des prisonniers mineurs.
Troisième causse de la surpopulation, la transformation du
référé-liberté en
référé-détention et la généralisation des procédures de comparution
immédiate. Quatrième cause, l'augmentation du quantum
des peines encourues ainsi que des peines prononcées, sans que l'on
puisse déterminer lequel du législateur ou du juge encourage l'autre à
la sévérité ! Au nom de la tolérance zéro, les petites peines de prison
se multiplient, là où des mesures alternatives étaient prises. Les juges
sont continûment incités à plus de sévérité.
Le Gouvernement semblait pourtant avoir choisi de défendre la
réinsertion et présenté comme indiscutable la poursuite de la mise en
place de l'encellulement individuel. Il allègue aujourd'hui une
surpopulation dramatique. De deux choses l'une : ou bien il ne
connaissait pas, il y a six mois, l'état des prisons, ou bien il savait
et a feint d'ignorer pour les besoins d'un affichage humanitaire !
En toute hypothèse, en niant l'évidence, il a manqué de clairvoyance
et ce n'est pas faute d'avoir été mis en garde ! Non, le Gouvernement
n'ignorait pas la situation, aggravée par les mesures sécuritaires
extrêmes. A preuve, la mission dont le Premier ministre a chargé notre
éminent collègue Warsmann : « ...La loi
d'orientation et de programmation du 9 septembre 2002 donne les moyens
(...) de porter remède à la surpopulation carcérale » grâce à un
« programme de modernisation » qui représente « un effort sans
précédent ». « Toutefois, ajoutait le Premier ministre, il apparaît
nécessaire de ne pas exclusivement fonder la politique pénale sur le
recours à la détention (...). Un séjour, même court, en prison peut
avoir des effets négatifs pour certains détenus et constituer un facteur
de récidive. Par conséquent, je souhaite que vous conduisiez une
réflexion sur les modalités d'exécution des courtes peines et sur les
alternatives à l'incarcération. Cette réflexion est inséparable de la
volonté du Gouvernement d'assurer une meilleure efficacité des sanctions
et de réduire la récidive... » Les débats sur la loi d'orientation et de
programmation pour la justice du 9 septembre 2002 sont tout aussi
clairs.
Cette loi a défini un système d'aménagement spécialisé des unités
hospitalières et a institué le placement sous surveillance électronique
d'un condamné, ce qui pourrait aller dans le bon sens à condition
toutefois que la disposition soit effectivement appliquée. Elle a
également prévu une nouvelle affectation des détenus n'ayant plus que
des peines inférieures ou égales à cinq ans d'emprisonnement à purger :
depuis la suppression des centres régionaux de détention, c'est
l'administration qui apprécie, en fonction de leur dangerosité, la
préparation des détenus à leur sortie. A gauche, M. Vaxès
et Mme Lebranchu s'en sont émus tandis que MM. Myard
et Warsmann niaient que la réinsertion des détenus
ait cessé d'être une priorité pour la droite. M. Warsmann
estimait que cette suppression permettrait une affectation plus adaptée
des détenus, sans voir qu'il s'agissait au contraire d'un premier
avertissement quant à l'insuffisance de place et un premier pas vers le
retour à la situation d'avant guerre ! Puisqu'on manquait d'espace, on a
réquisitionné celui qui servait à la préparation des sortants !
Lors des débats, le 2 août, Pierre Albertini,
néanmoins inquiet, a voulu rappeler par le biais d'un amendement
« d'appel » la nécessité de l'encellulement individuel. Constatant avec
Marylise Lebranchu qu'il n'était pas encore réalisé
« dans l'ensemble des centres de détention et à plus forte raison dans
les maisons d'arrêt, et que l'isolement de nuit lui-même n'est pas
toujours pratiqué alors que le code de procédure pénale l'impose », il a
proposé de fixer un délai de cinq ans. On le lui a refusé, Monsieur
Warsmann soutenant que l'objectif était d'ores et déjà atteint dans les
centres de détention et que, pour les maisons d'arrêt sa réalisation
était programmée à plus courte échéance. Selon le secrétaire d'Etat aux
programmes immobiliers, l'article 2 donnait les moyens de construire
suffisamment de places pour atteindre l'objectif dans les cinq ans.
« C'est d'ailleurs ce qui me vaut le plaisir d'être parmi vous »,
avait-il ajouté... En bref, il y a moins de neuf mois, l'affaire était
en bonne voie de réalisation. Dormez, Messieurs
Albertini et
Warsmann, sur vos deux oreilles : le Gouvernement
veille ! Il a si bien veillé que ce n'est pas un délai qu'il demande à
présent pour faire face à la montée de l'emprisonnement, mais carrément
la suppression de l'obligation qui lui était imposée, et ce sans
compensation.
Dans son rapport budg��taire, Pierre Albertini
s'inquiétait du « rebond de l'inflation carcérale », survenu bien que
« les flux d'entrée en détention n'aient cessé de diminuer depuis
1994 », parce que la durée moyenne de détention ne cesse de croître, les
juges se faisant plus sévères. Le Garde des Sceaux répondait,
rassurant, que le taux de surpopulation n'était pas très différent de ce
qu'il était avant le plan Chalandon et que la
construction de 11 000 places, dont 4 000 de remplacement, ne manquerait
pas de régler le problème.
Sans doute voit-on l'occasion de justifier la construction de places
de prison sans prendre garde au phénomène si bien décrit par Gilbert
Bonnemaison : plus il y a de places et plus il y a
de personnes enfermées. Et c'est pourquoi ce député exemplaire a
« inventé » les TIG et prôné les peines alternatives, ...sous les
accusations de laxisme.
Des prisons, nous en avons malheureusement besoin, mais il les faut
modernes, adaptées, solides et vivables ; il faut des prisons où chaque
détenu dispose d'une cellule, et des prisons de remplacement.
Mais, à peine annoncé, ce projet était oublié. Ce n'est pas pour rien
que le bruit court avec persistance que, non seulement l'encellulement
individuel doit être abandonné, mais que les 4 000 places qui devaient
être supprimées pour cause de vétusté, ne le seront pas ; peut-être même
devra-t-on rouvrir des prisons déjà fermées...
Je ne crois pas à votre plan miracle, d'autant que les crédits, à
peine votés, ont été, selon une formule pudique, « mis en réserve » :
27 millions d'euros sur les 706 prévus en autorisations de programme,
mais surtout 29 sur les 303 millions de crédits de paiement destinés aux
investissements.
Vous ne recherchez pas sincèrement la cause de cette aggravation
brutale constatée au moment où enfin se dessinait une solution : après
une campagne électorale où l'on a cultivé l'inquiétude, vous refusez
d'incriminer la politique de l'aggravation des peines. Cette absence de
sincérité révélée a posteriori justifierait à elle seule
l'exception d'irrecevabilité car, aux termes de l'article 98, alinéa 5
de notre Règlement, « les amendements et sous-amendements (comme les
articles d'une proposition de loi ou d'un projet de loi) ne sont
recevables que s'ils s'appliquent effectivement au texte qu'ils
visent... »
M. René Dosière - Ici, le rapport est
inexistant !
M. Jacques Floch - Une disposition
abusivement incorporée dans une loi où elle n'a pas sa place sera
censurée par le Conseil constitutionnel. La loi votée n'exprime la
volonté générale que dans le respect de la Constitution. Or l'article 24
de ce projet est inconstitutionnel et l'Assemblée est donc en droit de
voter notre motion, à moins que le Garde des Sceaux ne retire cet
article ou propose, par amendement, un autre texte conforme à la
Constitution (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. le Garde des Sceaux - Je commencerai par essayer de donner
une plus juste vision de l'article 24 ! La loi de 1993 posait le
principe de l'emprisonnement individuel en prévoyant quelques
exceptions : lorsque l'interdisent la distribution intérieure ou
l'encombrement des établissements, ou l'organisation du travail des
prévenus. Nous maintenons ce principe, nous contentant d'ajouter deux
exceptions : lorsque les intéressés font expressément la demande
contraire et lorsque la personnalité des prévenus impose qu'ils ne
soient pas laissés seuls. Certains déséquilibres psychologiques peuvent
en effet conduire au suicide.
Sur ce problème du suicide, nous avons d'ailleurs, M. Mattei et moi,
nommé une équipe, comprenant un psychiatre lyonnais, qui doit nous faire
des propositions.
Quant à la population carcérale, elle fluctue d'une façon qu'il est
assez difficile d'interpréter. Le chiffre actuel de 57 000 détenus a
ainsi été atteint dix fois au cours de la décennie. D'autre part, le
taux d'augmentation actuel est nettement inférieur à ce qu'il était en
2002, sous Mme Lebranchu...
Vous avez décrit l'état de nos prisons en termes quelque peu
tragiques. Je conviens qu'il n'est pas bon, mais qu'avez-vous fait en
cinq ans pour l'améliorer ? Pour notre part, nous avons décidé de
construire 13 500 places en cinq ans, ce qui, convenez-en, représente un
effort considérable. En outre, nous allons pour la première fois dans
notre histoire aménager des prisons réservées aux mineurs, organisées
autour de la salle de classe, afin de manifester la priorité donnée à la
réinsertion.
Par la loi du 9 septembre dernier, nous avons permis à la protection
judiciaire de la jeunesse de travailler en milieu carcéral. Enfin, j'ai
confié à M. Warsmann le soin de réfléchir aux
peines de substitution et à l'exécution des courtes peines.
Il est faux, Monsieur Floch, que nous
ayons ramené à dix ans l'âge de la majorité pénale !
Nous avons seulement disposé qu'un mineur pourra, à partir de cet âge,
se voir imposer des sanctions éducatives. Dire autre chose ne renforce
pas votre démonstration...
Contre l'avis de Mme Guigou, semble-t-il, votre majorité a pris un
engagement sans se préoccuper des conditions dans lesquelles elle
pourrait le tenir, et, notamment, sans arrêter de plan de constructions.
Or, cet engagement n'est pas tenable ! L'article 24 tend à améliorer les
conditions de détention et à maintenir le principe de la cellule
individuelle, sauf exception. Aussi trouve-t-il sa place dans un texte
de procédure pénale (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et
du groupe UDF).
M. le Président - Nous en venons aux
explications de vote.
M. Christian Estrosi - Monsieur
Floch, votre exception d'irrecevabilité m'apparaît
hors sujet au regard de l'objectif poursuivi par ce projet si important.
Au moment même où nous défendons une grande cause nationale, voulue par
le Président de la République, où l'action politique commence à porter
ses fruits - baisse du nombre d'accidents graves depuis quelques mois -,
où nous nous apprêtons à aller plus loin, vous voulez saisir le Conseil
constitutionnel ! Alors que la route a provoqué tant de drames humains,
a brisé tant de foyers, par la consommation d'alcool, de stupéfiants ou
les excès de vitesse, alors que justement il faut appliquer avec fermeté
les règles en vigueur, voire les renforcer, vous dressez des obstacles
sur notre chemin ! Vous êtes hors sujet lorsque vous évoquez l'embryon
humain.
M. Jacques Floch - C'est dans le texte.
M. Christian Estrosi - Vous galvaudez
l'amendement de M. Garraud, d'ailleurs salué par le
Garde des Sceaux, alors qu'il s'agit de traiter les drames humains
provoqués par la mort d'un embryon, sans remettre en cause l'IVG, non
plus que le statut de l'embryon. Vous évoquez ensuite, pêle-mêle, la
présomption d'innocence, les nouvelles dispositions de la loi
d'orientation pour la sécurité intérieure, la loi d'orientation pour la
justice, la comparution immédiate, vous confondez l'abaissement de l'âge
de la responsabilité pénale avec l'abaissement de l'âge de la majorité
pénale. Autant de mesures réclamées par les plus démunis face à la
montée de la délinquance, sans parler de l'insécurité routière ! Et vous
faussez ce débat en évoquant, à travers l'article 24, la situation des
prisons en général. Si nous sommes tous favorables à une prison plus
humaine, avec notamment une cellule pour chaque détenu, nous devons
tenir compte des cas particuliers que vise l'article 24 mais aussi de
l'héritage que vous nous avez laissé ! Qu'avez-vous fait pour améliorer
la situation ? En août dernier, nous avons voté une loi d'orientation
qui engageait le Gouvernement sur les cinq prochaines années, nous avons
depuis voté un budget 2003 qui a dégagé des crédits pour apporter les
premières réponses, qu'il s'agisse du personnel pénitentiaire ou de
nouvelles réalisations, et je témoigne de la détermination du Garde des
Sceaux à construire de nouvelles structures pénitentiaires. Monsieur
Floch, n'affaiblissez pas la démarche engagée,
d'autant que le Conseil constitutionnel ne vous suivra pas plus qu'il ne
l'a fait pour la loi sur la sécurité intérieure où les 146 articles
adoptés par l'Assemblée nationale ont tous été jugés constitutionnels !
Aussi vous inviterai-je à rejeter cette exception d'irrecevabilité
(Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et du groupe UDF).
M. Gilles Artigues - Cet article 24 n'est
nullement inconstitutionnel et nous regrettons le dépôt de cette motion
qui retarde l'examen d'un projet qui méritait mieux. Entrons donc sans
tarder dans le vif du sujet, car depuis trente ans, chaque fois qu'un
gouvernement a pris une mesure énergique, elle a été suivie d'effets et
le nombre de tués sur la route a diminué !
C'est pourquoi le groupe UDF ne votera pas cette exception
d'irrecevabilité (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF et du
groupe UMP).
M. Jacques Floch - Votre texte contient
des dispositions intéressantes que nous soutiendrons, mais l'article 24
y a-t-il sa place ?
Vous nous dites que les prisons sont encombrées. Pourquoi le
sont-elles ? Il faudrait trouver des solutions, car ce sont les
modalités d'enfermement actuelles qui aboutissent à ce résultat. Les
grandes associations sur la sécurité routière vous approuvent-elles de
profiter de ce texte pour y insérer un cavalier ? N'oubliez pas que nous
savons très bien les faire annuler par le Conseil constitutionnel. Aussi
demanderai-je à l'Assemblée de voter cette exception d'irrecevabilité, à
cause de l'article 24 (Applaudissements sur les bancs du groupe
socialiste).
L'exception d'irrecevabilité, mise aux
voix, n'est pas adoptée.
M. René Dosière - Compte tenu des propos
tenus par le Garde des Sceaux, je demande une suspension de séance pour
réunir mon groupe.
La séance, suspendue à 17 heures 45,
est reprise à 17 heures 55.
M. Gilles Artigues - La situation
actuelle et le climat angoissant de guerre imminente ne doivent pas nous
faire oublier les enjeux nationaux. Il est de notre devoir de
parlementaires de remédier aux nombreux dysfonctionnements qui affectent
la sécurité routière. Les familles qui ont vu leur vie basculer par la
faute de délinquants de la route ne comprendraient pas que nous ne
prenions pas les décisions qui s'imposent.
Nous saluons la détermination du Président de la République, qui a
fait de cette question un chantier prioritaire : ce n'est pas un
chantier de pierre, il n'a pas décidé de construire une grande
bibliothèque ou un monument à sa gloire, mais de lutter pour sauver des
vies et c'est louable. Je remercie aussi M. Dell'Agnola
pour sa détermination dans ce combat. Oui, Monsieur le Garde des Sceaux,
il est important d'être beaucoup plus sévères avec ceux qui font de leur
véhicule une véritable arme : le permis de conduire n'est pas le permis
de tuer. Nous nous félicitons de l'aggravation des
sanctions. Toutefois nous ne souhaitons pas modifier les seuils, qu'il
s'agisse de vitesse ou d'alcoolémie : donnons-nous plutôt les moyens de
faire respecter la réglementation en vigueur.
La meilleure des répressions, c'est la prévention et le groupe UDF a
plus particulièrement travaillé sur cet aspect avec les associations. Le
permis probatoire fait partie de ces mesures et je redis que,
contrairement à certains commentaires, il ne vise pas spécialement les
jeunes, mais tous les conducteurs novices.
Le groupe UDF défendra plusieurs amendements, visant notamment à
permettre aux forces de l'ordre d'interpeller les conducteurs à des fins
d'enquêtes, afin de mieux adapter les infrastructures au trafic.
Nous insisterons aussi sur les programmes d'éducation à la sécurité :
actuellement il n'y a que cinq heures d'enseignement sur ce sujet de la
maternelle à la terminale, contre plus de cent heures en Allemagne. Nous
pensons aussi que mettre les jeunes en contact avec des accidentés de la
route aurait des vertus pédagogiques, tout comme les films récemment
diffusés à la télévision ou les mannequins le long des routes, rappelant
des accidents mortels.
Nous nous félicitons également des décrets
annoncés sur le téléphone portable et le port du casque.
Le groupe UDF votera ce texte avec enthousiasme. Les premiers
résultats de votre politique sont bons et nous nous réjouissons de la
quasi-unanimité dans cet hémicycle sur cette question : c'est un signe
fort adressé à la nation et nous le faisons au nom des 8 000 parents ou
amis qui, chaque année, sont arrachés à l'affection de leurs proches
(Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et du groupe UDF).
Mme Janine Jambu - Améliorer la sécurité
sur les routes est une volonté partagée par tous ici. Le nombre de
victimes d'accidents de la route est en effet bien trop élevé : chaque
année, près de 8 000 personnes sont tuées sur les routes de France, et
notre pays arrive loin derrière les Etats européens qui ont su imposer
une vraie politique de sécurité routière. C'est dans le souci d'une
action efficace et de l'intérêt général que nous abordons l'examen de ce
texte et que nous nous déterminerons sur son contenu.
Les statistiques des derniers mois font état d'une baisse du nombre
de victimes, de l'ordre de 35,8 % pour le mois de février selon l'office
national interministériel de sécurité routière, qui précise que dans des
conditions météorologiques plus favorables, la baisse aurait atteint
41,6 %. Le nombre de décès dus à un accident est passé de 567 en février
2002 à 364 en février 2003. Voilà qui confirme qu'il n'y a pas de
fatalité en matière de sécurité routière, mais qu'il faut de la
ténacité. Les progrès accomplis depuis vingt-cinq ans ont permis de
diviser le nombre de victimes par deux alors même que la circulation a
doublé. Les progrès récents s'expliquent par la place donnée à la
sécurité routière dans l'actualité et par la peur du gendarme. Voilà qui
milite pour une politique de prévention s'accompagnant de sanctions
effectives. Ne vaut-il pas mieux persévérer dans cette voie que
multiplier les sanctions pénales, déjà nombreuses ?
Il faut avant tout responsabiliser les conducteurs : conduire un
véhicule est un acte social, qui peut mettre en danger la vie d'autrui.
Au lieu d'alourdir l'arsenal répressif, appréhendons la politique de
sécurité routière de manière globale : faisons jouer la responsabilité
du conducteur - par la formation, la prévention et, si nécessaire, la
sanction - mais aussi celle des constructeurs automobiles, qui
continuent de présenter la voiture comme un véhicule entièrement
sécurisé et sans danger. A cet égard, nous aurions voulu que ce texte
comporte des dispositions relatives au bridage des moteurs. Il est temps
de passer outre l'hostilité des constructeurs dans ce domaine !
N'oublions pas non plus que jeunes et familles modestes sont souvent
dans l'incapacité d'acquérir des véhicules modernes ou bien entretenus.
Il faut sensibiliser les enfants, dès le plus jeune âge, à la
sécurité routière, mais aussi s'attaquer aux deux facteurs d'accident
mortel que sont la vitesse et l'alcool. Réfléchissons donc aux modèles
véhiculés auprès des jeunes, qui associent vitesse, puissance, illusion
de liberté et, hélas, violence. Interrogeons-nous sur le maintien du
taux légal d'alcoolémie à 0,5 gramme par litre. Son abaissement à 0,2,
voire à zéro, aurait sans doute un effet important. N'est-il pas temps
d'associer la conduite à la non-consommation
d'alcool, comme dans les pays scandinaves ? La consommation d'alcool
affaiblit dangereusement la vision, la vigilance et les capacités de
réaction. Selon le comité interministériel de sécurité routière, 31,2 %
des accidents mortels survenus en 2001 mettaient en cause un conducteur
ayant dépassé le taux d'alcoolémie autorisé. C'est pourquoi les
contrôles d'alcoolémie sont nécessaires sur l'ensemble du réseau
routier. L'alcoolisme touche toutes les catégories sociales et toutes
les tranches d'âge. S'il faut punir, il faut aussi soigner. Il en va de
même pour la drogue au volant. On ne peut évidemment pas tolérer la
conduite sous l'emprise de stupéfiants. Mais, comme nous l'avions
rappelé lors de la discussion de la proposition de loi de Richard
Dell'Agnola, il est très difficile, notamment pour
le cannabis, de déterminer le moment de la consommation et ses effets
réels sur l'accident. Le dépistage, compliqué et onéreux, n'apportera
aucune certitude.
L'aspect sanitaire n'a été pris en compte ni pour l'alcool ni pour la
drogue : aucune différence n'est faite entre consommateur occasionnel et
consommateur dépendant, alors que la sanction sera efficace dans le
premier cas, inutile dans le second. Le retrait de six points de permis
devrait impérativement s'accompagner d'une injonction thérapeutique.
Nos concitoyens sont également de grands consommateurs de
médicaments. Or la notice de près de 1 500 d'entre eux comporte une mise
en garde en cas de conduite, car ils peuvent modifier la vision,
entraîner une perte de conscience ou aggraver d'une façon ou d'une autre
le risque d'accident.
Quant à l'association de certains médicaments et d'alcool ou de
drogues et d'alcool, elle est incompatible avec la conduite. Il faut
donc mener de nouvelles campagnes de sensibilisation, qui indiquent
notamment l'échelle des peines encourues.
Mais l'aggravation des sanctions n'est sans doute pas aussi
indispensable que vous le croyez. La période récente montre que
l'annonce du renforcement des contrôles et la présence de gendarmes sur
les routes contribuent à réduire le nombre
d'accidents. Comme l'indique l'exposé des motifs, l'importance des
sanctions encourues est peu connue des justiciables. Alourdir celles-ci
ne saurait donc suffire. Il faut continuer les campagnes publicitaires
chocs, en les accompagnant d'informations relatives aux dispositions
légales.
Il importe également de prendre des mesures préventives en direction
des jeunes. Il est en effet dramatique que les 18-24 ans représentent
encore un quart des accidentés de la route.
Selon le comité interministériel de sécurité routière, c'est dans les
trois premières années suivant l'obtention du permis de conduire que le
risque d'avoir un accident est le plus élevé. L'instauration d'une
période probatoire de trois ans est-elle une bonne chose ? S'agit-il de
responsabiliser davantage les nouveaux conducteurs ? Ce permis
probatoire concernera tous les conducteurs novices, quelque soit leur
âge. Il est juste qu'il en soit ainsi, mais la mesure sera-t-elle
efficace ?
Un point qui nous tient à c_ur est absent de
votre projet de loi : c'est la période d'apprentissage de la conduite.
Le temps de formation minimum requis pour se présenter à l'examen,
qui est actuellement de 20 heures, est un peu court. C'est d'ailleurs
l'avis de plusieurs associations de lutte contre l'insécurité routière,
qui proposent de le porter à 25, voire à 30 heures, ce qui supposerait
que le coût de cette formation soit accessible à tous.
Le permis probatoire n'est évidemment pas un remède miracle : il
faudra que les écoles et les familles participent à l'information
routière, qui relève du civisme. Pourquoi ne pas faire de la sécurité
routière une discipline scolaire ? Il faut conforter le rôle de l'école
dans ce domaine, en impliquant davantage les enseignants et en
modernisant les outils pédagogiques. Malheureusement, tout cela demande
d'importants moyens financiers, qui ne sont pas prévus par le
Gouvernement, puisque le budget de la sécurité routière est loin d'être
augmenté.
Ce n'est d'ailleurs pas la seule critique que l'on peut émettre à
l'encontre de votre projet. Voilà un certain temps que de nombreuses
associations d'usagers des routes et autoroutes réclament une rénovation
des infrastructures. Je pense notamment aux motards qui demandent, sans
l'obtenir, un réaménagement des bords d'autoroutes, en particulier des
glissières de sécurité, qui constituent un véritable danger pour eux.
De même, les moyens de communication sur les grands axes routiers et
autoroutiers sont le plus souvent insuffisants. Les panneaux d'affichage
devraient être améliorés pour afficher le plus rapidement possible les
informations en amont.
Autre sujet de critique : la priorité accordée par le Gouvernement à
la route plutôt qu'au rail.
Vous annoncez une politique de sécurité routière forte, mais vous ne
faites rien pour désengorger les axes les plus fréquentés et le
déséquilibre que vous maintenez entre rail et route donne l'impression
que vous tenez un double langage, alors que Jean-Claude
Gayssot avait eu le courage de donner le signal
d'un rééquilibrage.
M. Hervé Mariton - Hier, par exemple ?
Mme Janine Jambu - Gardez votre calme...
Aujourd'hui, le Gouvernement fait un pas en arrière au détriment des
utilisateurs et des riverains des autoroutes.
Au moment où vos priorités officielles vont au combat contre
l'insécurité routière, à la lutte contre les pollutions et l'effet de
serre, ce qui plaiderait pour une prédominance du rail sur la route,
vous rétablissez la circulation dans les deux sens des poids lourds dans
le tunnel du Mont Blanc - les 39 morts n'auraient-il servi à rien ? - et
vous reportez, pour ne pas dire que vous enterrez, le projet de liaison
ferroviaire Lyon-Turin, pourtant qualifié
d'irréversible il y a près de quinze ans par Jacques Chirac. Cet axe
combinant transport de fret et transport de voyageurs permettrait
pourtant de soulager les vallées alpines, asphyxiées par le passage des
camions, et contribuerait à la sécurité des autoroutes qui seraient
ainsi déchargées du trafic des poids lourds.
Enfin, votre préférence va systématiquement à la sanction. Mais ne
faudrait-il pas déjà faire respecter le code de la route et augmenter
les contrôles ?
M. Lionnel Luca -
Que ne l'avez-vous fait !
Mme Janine Jambu - Compte tenu de ces
observations, et sous réserve de l'évolution du texte, nous nous
abstiendrons (Applaudissements sur les bancs du groupe des députés
communistes et républicains).
M. Hervé Mariton - Le projet de loi que
nous examinons est un texte de fermeté et d'équilibre. Le groupe UMP
l'approuve car il répond à l'objectif fixé par le Président de la
République, un objectif de salut public dont la dimension raisonnable et
nécessaire s'impose à tous. Les débats préalables ont d'ailleurs fait
montre d'un large consensus politique, semblant prouver que ce sujet ne
donnait pas matière à des divisions partisanes. Il est d'autant plus
étrange de constater qu'aujourd'hui, au lieu de partager les mêmes
objectifs en hommes et femmes de bonne volonté, certains doivent
absolument trouver matière à critiquer.
M. Jérôme Lambert - C'est vous qui nous donnez cette matière !
M. Hervé Mariton - Il est facile de
constater que les politiques de sécurité routière et de transports
durables sont indissociablement liées. C'est pourquoi le budget pour
2003 de l'équipement et des transports a dégagé des crédits importants
dans ces domaines. Le Gouvernement entend en effet mener des actions
concrètes. Mme Jambu évoquait la traversée des
vallées alpines, mais n'est-ce pas notre gouvernement qui va mettre en
place une autoroute ferroviaire dans les Alpes ? Voilà un acte qui sert
à la fois l'intermodalité, le développement durable
et la sécurité routière. L'opposition lance ses critiques avec raison
parfois, mais aussi avec agressivité. Le Gouvernement, lui, agit. Comme
le rappelait Christian
Estrosi, il y a une différence entre politique
virtuelle et réalisation.
Ce débat a été précédé de nombreuses réunions au sein de l'UMP.
Nous pouvons donc annoncer que nous partageons l'objectif du présent
texte et que nous approuvons le dispositif qui a été retenu. Toutefois,
s'agissant de questions certes techniques, mais aussi d'un problème de
société, il est normal que nous nous y attardions. La discussion
n'enlève rien à notre soutien, mais elle enrichira le débat. Elle peut
s'organiser autour de quatre questions très simples : quoi, qui, où et
comment ?
Tout d'abord donc, de quoi parlons-nous ? De la lutte contre la
violence routière, et je veux souligner ici combien le choix du terme
était judicieux. Le mot « violence » permet d'impliquer tous nos
compatriotes. Dans nombre de cas, malheureusement tragiques, la violence
routière est un véritable acte de délinquance, voire un acte criminel.
De tels actes sont parfaitement caractérisés et nous devons associer
l'ensemble de nos concitoyens à leur répression. Les automobilistes
ordinaires ne doivent pas se sentir exonérés de cet engagement. Ce
projet de loi comprend donc des mesures de répression. Elles sont
nécessaires lorsque le salut public est en jeu, et il n'est pas la peine
de faire preuve de fausse pudeur. Mais elles s'accompagnent d'une
dimension pédagogique, développée par toutes les mesures
d'accompagnement qui sont prévues.
Ensuite, à qui ce projet s'adresse-t-il ? Très simplement, à tout le
monde. Tous les conducteurs sont concernés, mais en premier lieu ceux
qui rencontrent le plus les drames de la route, les jeunes. Une mesure
veut répondre spécifiquement à ce problème : le permis probatoire. Non
seulement les jeunes payent un lourd tribut à la route, mais il est
prouvé par les enquêtes de la délégation interministérielle que depuis
quelques mois, une évolution des mentalités très positive s'observe chez
tous les conducteurs... sauf chez les jeunes ! Cette tendance doit nous
alerter et nous devons nous mobiliser au plus vite pour ces conducteurs
les plus fragiles.
Dans le même esprit, je crois qu'il faut mettre fin aux libertés que
prennent certaines professions. Hier, dans un taxi, j'ai enclenché ma
ceinture de sécurité : j'avouerai d'ailleurs que la préparation de ce
projet de loi a fait évoluer mon comportement en ce domaine. Mais le
chauffeur, lui, ne l'a pas mise ! Tous ses collègues, comme d'ailleurs
des membres d'autres professions, trouveront nombre de raisons
spécieuses pour se justifier, mais il faut leur expliquer que l'enjeu
s'impose à tous. C'est pourquoi il est bon que certaines mesures du
texte, telles celles relatives au transport de marchandises ou au
déménagement, s'adressent spécifiquement à des professions qui
s'estimaient à la marge de la réglementation.
Ce texte doit également s'adresser aux responsables des
infrastructures routières. Les communes et départements devront fournir
des données sur les accidents constatés sur leur réseau. Parallèlement,
l'Etat devra mener un travail d'audit, d'inventaire et de résorption des
points noirs. Enfin, les constructeurs automobiles sont parmi les
premiers concernés, mais force est de constater que, depuis quelques
mois, ils restent étrangement discrets. Nous sommes persuadés qu'ils
sont capables d'initiatives intelligentes, et regrettons qu'ils n'en
sentent pas le besoin.
Où faut-il agir ? Partout, du moment que c'est avec fermeté et
mesure ! Dans les villes et les campagnes, sur le réseau départemental,
routier ou autoroutier. J'ai à ce propos le regret de dire à Christian
Estrosi, à propos d'un amendement qui reprend un
thème cher à certains de nos compatriotes, que nous ne pouvons nous
permettre d'introduire le doute dans leur esprit. L'obligation de
prudence doit s'imposer partout. Dans le même esprit, il faut expliquer
à nos concitoyens que les forces de police ne sont pas là pour les
piéger dans des endroits « faciles ». Elles disposent d'ailleurs des
données de l'accidentologie pour déterminer les endroits les plus
dangereux.
J'ai parfois le sentiment que dans ce débat se distinguent la France
des villes et la France des champs : l'une qui pose des règles
contraignantes et l'autre qui se demande comment elles pourront être
appliquées. Mais ce texte maintient un bon équilibre. Par exemple, le
permis blanc n'est plus autorisé pour les infractions les plus graves,
mais il est maintenu pour les autres. Ce dispositif me semble pour
l'instant adapté, mais il faudra en faire le bilan dans quelque temps.
De la même façon, la majorité a choisi de ne pas modifier les taux
d'alcoolémie autorisés. Notre détermination n'a pas molli, mais avant de
modifier les règles, il faut les appliquer avec toute la rigueur
nécessaire, avant d'en faire le bilan.
Dernière question : comment ? Nous insistons pour que cette action ne
soit pas une contrainte imposée par l'Etat, mais qu'elle soit partagée
par les collectivités locales et les automobilistes. Pour démontrer que
les motivations du Gouvernement ne sont pas financières, je suis très
attaché à ce que le produit des amendes soit intégralement consacré à
des actions de sécurité routière. Le champ est d'ailleurs vaste :
infrastructures, inspecteurs du permis de conduire, délégation
interministérielle, forces de police... Le budget pour 2003 a dégagé des
moyens importants pour ces actions, mais lorsque les projecteurs de
l'actualité se seront déplacés, il sera important de continuer à
disposer de moyens. Et dans l'assurance que le produit des amendes
serait intégralement consacré à des actions de sécurité routière, il y
aurait matière à passer un beau contrat avec les Français.
Il faut aussi que l'action menée soit cohérente. Dans sa sagesse, le
Gouvernement a mesuré la nécessité de mettre en place de manière
progressive les contrôles automatisés. Certains radars seront installés
dès cette année - peu nombreux parce qu'il n'est pas
possible techniquement et juridiquement de faire plus vite ; d'autres
seront mis en service par la suite. L'important, c'est l'action
effectivement menée, loin de tout effet d'annonce.
Les mesures décidées au fil des dernières décennies ont toujours eu,
dans l'instant, un impact important. C'est par la suite que leur
efficacité s'est émoussée. Par sa cohérence, le présent dispositif a au
contraire de bonnes chances de rester efficace dans la durée.
L'action que vous vous proposez de mener, messieurs les ministres,
est enfin transparente et il faut s'en féliciter. Nous ne sommes pas là
pour piéger les Français, mais pour les protéger, en prévoyant des
mesures répressives lorsqu'elles semblent indispensables et non par je
ne sais quel réflexe répressif ! L'objectif est le plus noble qui soit
puisqu'il s'agit de tenter de préserver la vie de chacun
(Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et du groupe UDF).
M. René Dosière - Je tiens à faire part
de ma perplexité. Je suis en effet très satisfait de l'engagement récent
mais déterminé du Gouvernement en faveur de la lutte contre l'insécurité
routière. Récent, car il aura fallu les déclarations du Président de la
République le 14 juillet dernier pour que le Gouvernement se mobilise.
Au cours du débat sur la loi d'amnistie, nous étions déjà quelques-uns,
sur divers bancs, à souligner le caractère néfaste de telles
dispositions en matière de sécurité routière et à plaider pour que l'on
renonce à l'avenir à tout effet d'annonce sur l'amnistie. Je salue du
reste la parfaite cohérence de M. de Robien qui s'est toujours déclaré
hostile à ce type d'amnistie.
La détermination du Gouvernement donne des résultats encourageants,
et je m'en félicite. Le moment est très favorable pour examiner ces
questions au fond.
Je note en premier lieu que l'opinion publique a évolué. Nous en
avions eu le pressentiment dès le début de la dernière campagne
présidentielle et il s'est accentué au fil du temps. Il y a eu
- enfin ! - une sorte de prise de conscience du caractère inadmissible
des drames de la route. Les associations de victimes et tous ceux qui
luttent contre l'insécurité routière ne peuvent que s'en réjouir. Ils
avaient un peu le sentiment de prêcher dans le désert et voilà que
s'ouvre devant eux un chemin d'espoir. Un sondage de l'institut BVA - à
paraître dans le magazine Auto-Moto - semble
confirmer cette tendance, mais sera-t-elle durable ? Les
deux-tiers des personnes interrogées disent avoir
adopté un comportement plus civique au volant. Cela reste à vérifier et
je salue la prudence - voire l'humilité - de M. de Robien quant à la
permanence de ces évolutions. Il faut se défier des effets de mode.
Autre facteur favorable, la mobilisation de l'ensemble du
Gouvernement. M. Gayssot s'est parfois senti un peu
seul dans sa lutte contre l'insécurité routière. L'engagement personnel
du Président de la République - même s'il eût pu intervenir plus tôt -
concourt à la mobilisation du Gouvernement. Attention aux surenchères :
c'est un peu, désormais, à qui sera le plus sécuritaire !
Mme Janine Jambu - C'est vrai !
M. René Dosière - Paradoxe, l'opinion
raisonne comme si le dispositif répressif avait déjà été adopté mais
dans un sens, ce n'est pas plus mal ! Il est vrai que les contrôles sont
plus nombreux et plus visibles. Les forces de l'ordre sortent et la peur
du gendarme joue à plein.
Autre évolution des plus sensibles, le revirement d'opinion de la
majorité (Murmures sur les bancs du groupe UMP). J'ai été le
rapporteur de la loi de 1999 qui a créé la responsabilité pécuniaire du
propriétaire du véhicule. Que n'ai-je entendu sur les bancs de
l'opposition d'alors ? (Mêmes mouvements) Tel orateur nous taxait
de porter atteinte aux principes fondateurs de la responsabilité
pénale...
M. Jean-Pierre Blazy - Des noms !
M. Christian Estrosi - Que cherche-t-on à
démontrer ?
M. René Dosière - ...et je passe sur les
mises en cause diverses qui avaient conduit l'opposition d'alors à
saisir le Conseil constitutionnel, sans succès du reste puisque le texte
a été validé !
Comment ne pas être perplexe en voyant la majorité proposer
aujourd'hui d'étendre un dispositif qu'elle n'avait pas de
mot assez durs pour condamner hier ? Le fait
majoritaire réalise des miracles ! (Sourires sur les bancs du groupe
socialiste) Quant à nous, loin de renier notre action, nous en
sommes particulièrement fiers.
J'en viens aux inquiétudes que m'inspire le projet. L'aggravation
très sensible - et de portée immédiate - des sanctions est-elle toujours
justifiée ? Les dispositions à visées éducative et préventive ne
sont-elles pas insuffisantes ? Il y en a - permis probatoire,
prohibition du débridage des cyclomoteurs et des
détecteurs de radar - mais elles sont dispensées à dose homéopathique.
Il est également prévu de forfaitiser et d'automatiser les amendes.
Soit, mais le texte reste muet sur la mise aux normes des
infrastructures,...
M. le Ministre de l'équipement - Ce n'est pas l'objet
du texte !
M. René Dosière - ...hors l'abattage de
quelques arbres.
Il est urgent d'adapter le réseau. La faute n'incombe pas qu'aux
hommes ou aux véhicules.
S'agissant de l'éducation à la conduite, il est prévu de renforcer
plusieurs dispositifs mais le sujet est abordé de manière un peu
étroite. A un texte contre la violence routière, nous eussions largement
préféré une loi pour la sécurité routière !
Quant à l'aggravation des peines, fallait-il aller aussi loin, au
risque de produire quelques anomalies ? Faut-il vraiment mettre sur le
même plan les homicides involontaires causés par des manipulations
imprudentes d'armes à feu et ceux qui sont perpétrés au volant ? Peut-on
punir de la même façon - cinq ans d'emprisonnement - le conducteur
imprudent au point de commettre un homicide volontaire et le chef
d'entreprise du BTP qui oblige ses salariés - souvent immigrés
clandestins - à travailler sans équipements de sécurité ?
On a parfois le sentiment que certains souhaiteraient traiter tous
les conducteurs comme des délinquants en puissance. Certes, il existe
des assassins de la route, qu'il faut punir sévèrement, et le fait de
provoquer des blessures doit valoir sanction et obligation de réparer,
mais je crains à terme un effet de boomerang - surtout si l'Assemblée
suit les plus répressifs d'entre nous.
Quant au volet prévention, il me semble trop peu « musclé »,
puisqu'il se résume à l'institution d'un permis probatoire pour les
nouveaux conducteurs. On nous assure que ce dispositif est efficace dans
les pays où il existe, mais nous aurions aimé avoir le temps de vérifier
ce point.
Le projet me paraît également insuffisant en ce qui concerne les
infrastructures et les véhicules. Les constructeurs continuant de
fabriquer des véhicules pouvant atteindre de grandes vitesses - ils en
font même un argument publicitaire -, nous serions bien avisés de
réagir. D'où certains de nos amendements.
En revanche, j'approuve pleinement la forfaitisation et le traitement
automatisé des amendes. Le Conseil national de la sécurité routière
avait d'ailleurs rendu un avis unanime en ce sens, lors de la dernière
séance que j'ai présidée, en juillet. Il resterait toutefois à savoir où
on en est de l'homologation des dispositifs de sécurisation des
données et de suivi des amendes : le Conseil avait relevé certains
blocages. Il conviendrait aussi de savoir si le produit des amendes ira
à l'Etat, comme il en serait question, ou s'il continuera d'être versé
aux collectivités, qui l'utilisent pour investir dans les équipements de
sécurité.
Enfin, Monsieur le ministre, quel sera le rôle du Conseil national de
la sécurité routière, qui n'a plus de président et qui ne s'est pas
réuni depuis huit mois ? Cette instance est jeune et a besoin d'être
confortée, mais elle a le mérite de réunir tous ceux qui s'occupent de
sécurité routière et elle a fait des propositions où vous avez trouvé à
puiser - ainsi en ce qui concerne la forfaitisation des amendes.
Malgré certaines réserves, le groupe socialiste soutient la volonté
qui anime le Gouvernement de lutter contre l'insécurité routière.
Cependant, les propos tenus tout à l'heure par le Garde des Sceaux nous
ont inquiétés. Nous estimons en particulier que deux dispositions n'ont
pas leur place dans ce projet : celles de l'article 24, dont M. Floch
a dit ce qu'il fallait en penser, et celles qui figurent dans
l'amendement de M. Garraud, adoptées avec
difficulté par la commission mais auxquelles M. Perben s'est déclaré
très favorable. Le statut des embryons n'a, que je sache, rien à voir
avec la sécurité routière ! Des décisions prises sur ces deux points
dépendra notre vote (Applaudissements sur les bancs du groupe
socialiste).
M. Rudy Salles - C'est avec grande satisfaction que je prends
acte de la détermination du Gouvernement à lutter énergiquement contre
la violence routière. Trop longtemps, dans ce pays, nous avons attribué
à la fatalité le nombre anormalement élevé des morts de la route. Trop
longtemps, les gouvernements ont fait preuve de passivité, laissant ce
fléau provoquer décès et handicaps à vie. Fort heureusement, dès le
début de son mandat, le Président de la République a fait de cette cause
une de ses priorités. Cette politique a déjà produit des résultats : la
traque des chauffards et des inconscients pratiquée par la police a
permis de faire baisser de 27 % le nombre des accidents corporels et de
35 % celui des tués, de février 2002 à février 2003. La répression est
donc payante et ce constat doit nous conforter dans notre refus de toute
faiblesse.
Mais il ne faut pas en rester là. Le présent projet permettra sans
nul doute d'autres progrès dans notre combat sans merci contre les fous
du volant. L'intransigeance et la sévérité s'imposent face aux
comportements les plus dangereux et j'approuve sans réserve
l'aggravation des sanctions prévue par ce texte. La tolérance zéro doit
être la règle, s'agissant de la violence routière, comme elle l'est déjà
dans le domaine de la sécurité intérieure.
Nombre des mesures proposées ici devraient se révéler dissuasives
pour les chauffards patentés. L'institution d'une période probatoire de
trois ans, après l'obtention du permis de conduire, reçoit mon
assentiment tout particulier car j'avais déposé en 2001 une proposition
de loi en ce sens. Les jeunes conducteurs, en raison de leur
inexpérience ou de leur inconscience, sont en effet trop souvent
responsables ou victimes d'accidents.
Il est également indispensable de s'attaquer aux excès de vitesse :
comment ne pas être choqué lorsque des bolides dépassent les 200 km/h,
parfois en pleine agglomération ? Ces derniers mois, on a déployé contre
ces chauffards des moyens techniques et humains qui ont permis de
réduire le nombre d'accidents, mais on ne peut se contenter de
multiplier les radars : il faut aussi prendre le problème à sa source en
installant sur les véhicules des dispositifs qui les empêchent
d'atteindre des vitesses meurtrières. J'ai donc déposé un amendement
exigeant que tous les engins terrestres à moteur vendus neufs sur notre
territoire soient munis d'un régulateur de vitesse, de sorte qu'ils ne
puissent dépasser 130 km/h ; les constructeurs
auraient été obligés de se plier à cette exigence, sous peine de voir
leur responsabilité pénale engagée. Malheureusement, cet amendement n'a
pas été retenu, la commission l'estimant contraire aux directives
européennes.
Je mets à profit cette discussion, Monsieur le ministre, pour vous
rappeler tout le bénéfice que nous pouvons tirer, pour la sécurité
routière comme pour la lutte contre la délinquance juvénile, d'une
immatriculation obligatoire des deux-roues de moins de 50 cm3.
Cette mesure a été votée sous la précédente législature, à l'initiative
de l'opposition et contre l'avis du gouvernement de l'époque, mais le
décret d'application n'a toujours pas été publié. Ne pourriez-vous y
remédier rapidement ?
L'arsenal répressif que nous mettons aujourd'hui en place ne suffira
sans doute pas à résorber la violence routière. Le combat ne peut être
remporté, en effet, sans une prise de conscience collective. C'est à
celle-ci qu'il faut appeler nos concitoyens, en les invitant à se
montrer enfin raisonnables ! (Applaudissements sur les bancs du
groupe UDF et du groupe UMP)
M. Jean-Claude Viollet - Le fait d'être
usager de la route ne dispense pas d'observer le pacte républicain,
c'est-à-dire de faire preuve de responsabilité, de respecter autrui, les
règles communes et ceux qui ont charge de les faire appliquer, et de
s'obliger à un comportement exemplaire. C'est pourquoi, le 9 juillet, je
m'étais ici-même opposé au projet de loi
d'amnistie, convaincu qu'il contribuait à la dégradation de cet esprit
public.
Puisque nous parlons de sécurité, fût-elle routière, je veux
également rappeler, comme je l'avais fait lors du débat sur la loi
d'orientation et de programmation relative à la sécurité intérieure, que
cette sécurité ne saurait se réduire à la répression. Elle est aussi
affaire d'éducation et de prévention.
D'éducation : l'école doit être davantage impliquée dans
l'enseignement de la sécurité routière. De ce point de vue, la création
de l'attestation scolaire de sécurité routière a marqué un progrès, mais
il conviendrait d'aller plus loin encore en mettant en place, dans le
primaire, une attestation de première éducation à la route et en
organisant, en maternelle, des sorties « sécurité routière ». Il faut
aussi généraliser, dans le primaire et au collège, la formation aux
gestes de premier secours, en prévoyant là aussi une attestation ; cela
impliquera évidemment de dispenser une formation spécifique aux
enseignants, dans les IUFM. Les acquisitions
initiales s'estompant avec le temps, les caractéristiques des véhicules
et des routes évoluant tout comme les règles de la conduite, il
conviendra de prévoir des rendez-vous d'évaluation pour ceux qui sont
titulaires du permis depuis moins d'un an, et des rendez-vous de
perfectionnement pour ceux qui le possèdent depuis plus de dix ans, en
particulier lorsqu'ils veulent pratiquer la conduite accompagnée - qu'il
faut encourager.
De prévention : pour les conducteurs d'abord, qui devraient être
informés, à l'occasion de « rendez-vous santé », des risques qu'ils
courent et font courir lorsque leur état de santé se dégrade ou
lorsqu'ils consomment alcool, drogues ou médicaments. Ces rendez-vous
devraient être obligatoires pour le passage du permis, puis tous les dix
ans, et pourraient donc être jumelés avec des rendez-vous de
perfectionnement.
Mais la prévention concerne aussi les véhicules, qui devraient être
pourvus de dispositifs de sécurité active, et les infrastructures, qui
devraient faire l'objet d'une surveillance systématique.
La répression, cependant, s'impose chaque fois que la règle commune
est transgressée. Pour prendre les choses à la source, il conviendrait
de sanctionner toute publicité en faveur de la vitesse ou de
comportements en infraction avec le code de la route. Quant aux
sanctions infligées aux conducteurs, il les faut rapides et justes, donc
proportionnées.
Plus que du montant de l'amende ou du poids de la peine
d'emprisonnement, c'est de leur application qu'il faut se soucier, et
surtout de leur caractère réparateur, pour le coupable comme pour les
victimes, en laissant au juge un pouvoir d'appréciation, tout en
l'incitant à développer le travail d'intérêt général dans des
établissements accueillant des victimes de la route.
De même, il faudrait revenir sur l'équivalence des peines et les cas
de récidive.
Voilà quelques-uns des points que j'ai déjà abordés lors des réunions
de notre groupe d'études « Route et sécurité routière ».
Seule une politique proche du terrain, alliant éducation, prévention
et répression nous permettra d'agir sur le long terme dans un domaine
qui doit devenir la préoccupation majeure de nos concitoyens
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. Jean-Michel Bertrand - Votre texte est une grande loi de
société visant à la responsabilisation et la protection des personnes.
En faisant de la sécurité routière une cause nationale inscrite dans les
trois grands chantiers de son quinquennat, le Président de la République
a décidé de mettre fin à une désolante exception française. Aux états
généraux sur la sécurité routière de septembre dernier, comme au comité
interministériel de la sécurité routière du 18 décembre, le Premier
ministre a annoncé un plan ambitieux et cohérent dont voici aujourd'hui
la traduction.
L'annonce du renforcement des sanctions commence à porter ses fruits,
avant même l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions. Gardons-nous
cependant de tout triomphalisme.
Permettez-moi de dresser le tableau d'une articulation efficace entre
tous les partenaires de la sécurité routière.
L'Etat doit créer les conditions favorables à la
protection des personnes contre des comportements irresponsables. Je ne
reviendrai pas sur les radars automatisés, le permis probatoire, la
nouvelle échelle des sanctions pénales, l'automatisation des peines ou
le traitement rapide du contentieux routier. Il faudra cependant veiller
à ce que la sanction soit certaine, rapide et proportionnée. L'Etat
doit aussi coordonner les politiques de formation, de responsabilisation
et de sensibilisation de chaque conducteur, et ce dès le plus jeune âge,
à l'instar des méthodes employées par les pays les plus exemplaires en
la matière. La route n'est pas un espace individuel, et le journaliste
Hervé Chabaud a pu très justement écrire, le
12 mars dernier, qu'elle appartient à tous, qu'elle existe pour rendre
service, favoriser les échanges, relier les hommes, non pour détruire
des familles et inscrire à chaque virage les croix de tragédies
insoutenables et les fleurs d'un souvenir éternel. La sécurité,
note-t-il, chacun d'entre nous la construit par un comportement
exemplaire, qui doit être le résultat d'un apprentissage à la maison, à
l'école et en société, et d'une conscience des dangers jamais altérée.
Pour mener à bien un tel changement des mentalités, l'Etat ne pourra
réussir seul, ce sera l'affaire de tout le pays.
Pour ce qui est des collectivités territoriales et des élus locaux,
appliquons la formule « penser globalement, agir localement », à un
moment où le Parlement, réuni en Congrès, vient d'entériner le second
acte de la décentralisation. Le CISR de décembre dernier a inscrit la
lutte contre l'insécurité routière dans la politique de sécurité
intérieure ; aussi sera-t-elle un enjeu à part entière des conseils
départementaux de prévention et des conseils locaux de sécurité et de
prévention de la délinquance. Les plans départementaux de contrôle
devront ainsi impliquer toutes les collectivités territoriales. Enfin,
des crédits supplémentaires seront accordés aux préfets afin de
développer les actions partenariales avec les conseils généraux.
Les élus locaux sont des acteurs incontournables, qui agissent au
plus près des citoyens. Ils ont de surcroît des compétences en matière
de gestion des paysages, d'urbanisme et de voirie - l'Etat est
responsable de 40 000 kilomètres de voies quand les conseils généraux le
sont de plus de 500 000 et les communes de plus de 800 000.
M. René Dosière - Et ça
va encore s'aggraver !
M. Jean-Michel Bertrand - Il est essentiel de réaliser une
cartographie de tous les accidents et incidents afin d'évaluer
l'efficacité des travaux réalisés - c'est le sens de l'article 16 - et
nous sommes un certain nombre de maires à approuver ce dispositif. Pour
compenser la charge financière supplémentaire, une partie du produit des
amendes sanctionnant les infractions au code de la route devrait être
affectée à un fonds de financement des projets des collectivités
territoriales en matière de sécurité routière.
M. René Dosière - Très bien !
M. Jean-Michel Bertrand - Quant aux auto-écoles, elles
aspirent à devenir des acteurs majeurs du dispositif de lutte contre
l'insécurité routière ; aussi faudra-t-il réfléchir à une refonte de
l'enseignement menant au permis de conduire, et à l'amélioration de la
formation des moniteurs. La France compte plus de 15 000 autos-écoles ;
il conviendrait de créer des contrats d'objectifs afin de valoriser les
plus efficaces. En contrepartie, quelques incitations fiscales
pourraient être accordées - détaxe du carburant, ou suppression de la
redevance télévision pour les postes à usage pédagogique.
Concernant l'éducation nationale et les associations, le dernier CISR
a proposé de mieux impliquer les enseignants, et de moderniser les
outils pédagogiques. L'approche pourrait être pluridisciplinaire,
coordonnée avec l'action préventive des grandes compagnies d'assurance.
De manière plus ludique, les animateurs des centres de loisirs
pourraient également apporter leur contribution.
Enfin, le CISR a rendu obligatoire le certificat médical d'aptitude à
la conduite, avant la délivrance du permis. De même, un module
d'évaluation de l'aptitude à conduire sera inséré dans les visites
médicales du travail et à l'université. Et pourquoi ne pas inciter les
médecins à aborder, avec leurs patients, les conséquences de leur état
de santé sur leur aptitude à conduire ?
La lutte contre la violence routière est une question de volonté
politique. Or, toutes les conditions sont réunies pour
réussir - les Français, les acteurs de la sécurité
routière et le Gouvernement sont mobilisés. Nous devons travailler à une
meilleure prise de conscience, comme l'affirmait notre ministre des
transports : « prendre la route, c'est adhérer à une déontologie de la
vie, enfreindre la loi routière revient à rompre le contrat social, et
nous fait entrer dans le cercle de l'irresponsabilité ».
Nombre d'accidents de la route ne relèvent pas de la fatalité, aussi
devons-nous tous nous engager pour préserver notre société dans ce
qu'elle a de plus précieux - la vie de nos enfants, et l'équilibre
affectif et social de nos familles. Ce sera l'honneur de notre assemblée
(Applaudissements sur les bancs du groupe UMP).
M. Jérôme Lambert - Je salue tout d'abord les résultats
actuels obtenus grâce à la mobilisation des policiers, des gendarmes,
des magistrats, mais surtout des Français qui prennent de plus en plus
conscience de ce fléau - et ce sans qu'on ait eu besoin d'adopter de
nouvelles mesures législatives.
Aussi votre texte de loi devrait-il au moins prendre en compte tous
les facteurs des accidents de la route, et envisager les moyens d'y
mettre fin - par la réglementation, l'éducation, la prévention,
l'adaptation des réseaux et des véhicules à des normes nouvelles, et non
pas seulement les sanctions. Or, votre texte se borne à viser chez les
automobilistes la crainte d'une sanction alourdie et le Garde des Sceaux
évoque « la sanction et la pédagogie de la sanction ».
Certes, les lois et les règlements sont faits pour être respectés.
Cependant quand une loi doit s'assortir d'un régime de sanctions aussi
extraordinairement répressif, il faut se demander si l'édifice ne manque
pas de fondations. Car ce ne sont pas, en général, les sanctions qui
rendent une loi opérante dans notre société, sinon il n'y aurait plus de
criminels ! Ce qui limite le nombre d'actes criminels, ce sont les
valeurs transmises par l'éducation, la pression de l'organisation
sociale et aussi l'adéquation entre la faute et la peine encourue.
Cette loi est donc très incomplète. Elle ne traite pas du fond de la
question. Son titre est d'ailleurs éloquent. La conduite routière est
considérée désormais comme un facteur de violence et tout conducteur
comme un délinquant en puissance. Ce n'est pas dans cet esprit qu'il
faudrait agir, mais plutôt en renforçant l'éducation et la prévention.
Frapper fort les contrevenants va-t-il changer les mentalités ou
simplement augmenter le taux de délinquance dans notre pays ?
Aucun mot, dans cette loi, sur les infrastructures, sur les
véhicules, sur les équipements de sécurité. Certaines portions de la
route Centre Europe-Atlantique, par exemple, sont
encore à deux voies et très accidentogènes. Est-ce
la faute des conducteurs ?
Quant aux véhicules, on les vend en vantant leur puissance, pour
éviter de parler de vitesse pure, mais l'effet est le même, en
particulier chez les jeunes conducteurs. Que fait-on contre cela ?
Brider les véhicules est impossible, nous dit-on. Pourtant la puissance
des motos est bien limitée à 100 CV depuis vingt ans. De qui se
moque-t-on alors ?
De même, on autorise des véhicules dont le compteur affiche des
vitesses qui sont des invitations à l'excès - plus de 300
km/heure parfois !
L'obligation de consigner le montant d'une amende avant de pouvoir
contester l'infraction devant la justice est un procédé injuste. Celui
qui ne pourra pas payer dans les délais ne pourra plus se défendre.
Enfin, ce qui tue et blesse, c'est le nombre des véhicules
particuliers. Les accidents de transports en commun sont rares. Alors
pourquoi ne pas proposer un vaste plan de développement des transports
collectifs pour les trajets quotidiens, qui sont les plus
accidentogènes ?
Ces réflexions de bon sens permettront, je l'espère, de compléter
bientôt un projet de loi incomplet et déséquilibré (Applaudissements
sur les bancs du groupe socialiste).
M. Lionnel Luca - Ce
texte a produit des effets avant même d'être voté : le nombre de morts
et de blessés a diminué depuis l'annonce de ces mesures, la peur du
gendarme faisant à nouveau ses preuves...
J'insisterai sur la nécessité de changer les comportements par une
éducation beaucoup plus rigoureuse à l'école, et aussi dans les
auto-écoles, où la formation se réduit souvent à un bachotage. Quant à
la formation post-permis, elle est inexistante car
basée sur le volontariat. C'est pourquoi il faudra bien en venir à ce
qui se pratique dans d'autres pays, une évaluation post-permis régulière
- par exemple, tous les dix ans. Elle permettrait non seulement une
remise à niveau, mais aussi une sensibilisation aux risques de la
conduite. Plus personne ne conteste la nécessité d'un contrôle technique
des véhicules. Il paraîtra bientôt inconséquent qu'il n'y ait pas de
formation continue des conducteurs, alors qu'une telle formation est
indispensable dans la vie professionnelle. Cette évaluation est
d'ailleurs réclamée par certains utilisateurs, comme l'association des
« motards en colère », qui préconise d'autres mesures utiles :
suppression des obstacles latéraux, doublement des rails de sécurité,
vêtements de sécurité.
Il est par ailleurs étonnant que la loi, adoptée à l'unanimité le
15 novembre 2001, imposant l'immatriculation des scooters et
motocyclettes n'ait toujours pas reçu d'application, faute, nous dit-on,
des moyens matériels et humains nécessaires. J'ai donc proposé, dans un
amendement repris par la commission, que les demandes puissent être
déposées auprès des mairies en attendant l'immatriculation par les
préfectures.
Enfin, dès lors que le laxisme est banni, il est indispensable de
modifier des panneaux souvent irréalistes : on en est, en effet, arrivé
à la situation absurde où, pour espérer voir respectée la limite de 90 km/h,
on n'hésitait pas à poser des panneaux indiquant 50 km/h !
Il faut donc donner des consignes en ce sens aux préfets et surtout les
moyens nécessaires aux services de l'équipement.
Nous voulons relever le défi lancé par le Président de la République
il y a à peine huit mois. La représentation nationale salue, Monsieur le
ministre, votre courage et votre célérité (Applaudissements sur les
bancs du groupe UMP).
M. Christophe Masse - Ce débat devait être consensuel. Nous
étions d'accord sur les mesures annoncées mais l'introduction dans le
texte de deux éléments « extérieurs », l'article 24 et l'amendement de
M. Garraud, nous oblige à revoir notre position.
Oui à un vrai débat sur la sécurité routière, non
à ces deux éléments extérieurs.
Nous nous félicitons de la diminution du nombre
de victimes d'accidents de la route ces derniers mois. Mais la peur du
gendarme n'a que des effets éphémères. Il nous faut donc légiférer pour
mettre en place des dispositifs à effet durable.
La route tue et les solutions-miracle n'existent
pas. Nous naviguons sans cesse entre prévention et répression, sous le
regard attentif de l'opinion publique, qui souhaite toujours plus de
mesures draconiennes... pour les autres. Chacun en France se croit bon
conducteur, chacun pense que la qualité des véhicules rend obsolètes
certaines limitations de vitesse, chacun s'imagine que la sanction,
voire l'accident est pour l'autre. Malheureusement personne n'est à
l'abri, ni d'une faute personnelle, ni de la faute de l'autre. Or
j'observe que certaines parties sont absentes du débat, en particulier
les constructeurs automobiles. Comment faire comprendre aux Français que
la sécurité routière est une priorité quand aucune mesure ne concerne
les véhicules ? Je sais que vous envisagez d'imposer certains
équipements supplémentaires, mais ils n'empêcheront pas certains de
rouler à 200 km/h.
Le volet de la répression est indispensable, celui de la prévention
aussi. Il doit notamment permettre de mieux préparer les conducteurs à
leurs responsabilités. Il conviendrait d'insérer dans les programmes
scolaires des mesures exceptionnelles, dès l'école primaire, pour
familiariser les futurs conducteurs avec la conduite automobile et ses
risques. Les émissions et publicités volontairement choquantes sont, à
mon avis, un élément intéressant de cette prévention.
Le but n'est pas de stigmatiser le conducteur chauffard : l'amalgame
conducteur-délinquant est néfaste à un vrai
dialogue.
Je ne sous-estime évidemment pas l'impact des mesures répressives.
Mais des résultats à long terme requièrent, au-delà d'un infléchissement
des comportements, une amélioration des véhicules et des infrastructures
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
La suite de la discussion est renvoyée
à la prochaine séance. |