|
|
|
Conduite sous l'influence de produits psychotropes (page en développement) Les produits en cause
Les variations des réactions individuelles après absorption d'une quantité définie d'un produit peuvent être importantes du fait des différences de poids ou de sensibilité individuelle, des fréquences de consommation. En outre le même produit peut avoir un type d'action à une certaine dose, par exemple provoquer une excitation, et un effet sédatif allant jusqu'au coma à une dose élevée. L'alcool a fréquemment ce double effet. Un autre classement se fonde sur l'objectif de l'usage et son acceptation légale.
Les méthodes permettant d'évaluer
le risque lié à l'usage de produits psychotropes Il ne viendrait à l'idée de personne d'établir la proportion d'usagers de la route impliqués dans un accident de la route ayant une taille supérieure à 1 mètre 70 ou les yeux bleus et de désigner cette caractéristique comme étant "en cause" dans x% ou y% des accidents. Le passage de la présence à la causalité serait naturellement considérée comme un abus, aucune preuve n'ayant établi que ces caractéristiques corporelles étaient susceptibles de favoriser la survenue d'accidents. La confusion apparaît quand la caractéristique recherchée peut être inscrite dans une relation causale avec l'accident. Imaginons que l'acuité visuelle d'une population de conducteurs accidentés soit étudiée et qu'une proportion de déficits soient observée. Même si le bon sens permet de soutenir que la vue est la principale source de renseignements lors d'une activité de conduite, il paraîtrait aventureux d'attribuer tous les accidents dans lesquels les personnes présentant un trouble de la vision ont été impliqués à cette caractéristique. L'hypothèse plausible est alors d'envisager qu'une fraction de ces accidents est imputable à la mauvaise vue, comprise entre zéro et un. Une bonne part de l'activité de recherche sur les risques consiste à analyser ce type de situation. Il faut :
J'ai déjà insisté sur le fait qu'un accident est rarement la conséquence d'une seule cause. Il est donc abusif de vouloir produire une liste de facteurs de risque avec en face de chacun d'entre eux une proportion d'accidents dans lesquels le facteur est présent, le total étant de 100%. Un conducteur peut à la fois être fatigué parce qu'il n'a pas dormi suffisamment la veille, avoir un comportement modifié par l'influence d'un produit psychotrope, et finalement prendre une courbe trop rapidement du fait de son inexpérience, et de l'altération de sa vigilance produite par la combinaison des effets de la fatigue et des produits absorbés. Nous comprenons intuitivement qu'il faudrait pouvoir faire l'évaluation d'un des facteurs "toutes choses égales par ailleurs", c'est à dire en neutralisant les effets des autres facteurs de risque. L'épidémiologiste va documenter au mieux tous les facteurs envisageables, et comparer des séries différentes d'usagers, impliqués ou non dans un accident, pour caractériser les liens unissant les faits qu'il observe dans ces deux situations. Son objectif final est de pouvoir indiquer qu'il y a un lien statistique entre un facteur et la probabilité de voir survenir un accident et d'utiliser sa connaissance de la fraction de la population d'usagers exposé à ce facteur pour calculer le nombre d'usagers victimes d'accidents du fait de la présence de ce facteur. Il donne cette indication avec un intervalle de confiance qui caractérise la probabilité de se tromper en indiquant un tel niveau de risque. Comment peut-on calculer le niveau de risque ? Il y a plusieurs situations et plusieurs méthodes. Le facteur de risque peut être qualitatif (présence ou absence), c'est le cas de l'absence de port de la ceinture ou du casque, ou quantitatif (valeur mesurable), comme la vitesse ou le niveau d'alcoolémie. Dans le cas des produits psychotropes des valeurs sont mesurables dans différents milieux biologiques (sang, urines, haleine, sueur, salive, larmes), mais il n'est pas pour autant assuré que l'effet sur la conduite est proportionnel à la valeur mesurée, nous verrons l'importance de ce problème dans le cas du cannabis. L'exemple de l'alcool Accidentés à 0,5 g/l ou plus : 49 Accidentés avec une alcoolémie nulle (inférieure à 0,10 g/l) : 234 Témoins à 0,5 g/l ou plus : 259 Témoins avec une alcoolémie nulle : 6752 Odds ratio = (49 x 6752) / (259 x 234 ) = 5.46 Le risque d’être impliqué dans un accident grave ou mortel quand on a une alcoolémie égale ou supérieure à 0,50 g/l est multiplié par 5,46 par rapport à un conducteur dont l’alcoolémie est inférieure à 0,10 g/l. Ce calcul peut être fait en distinguant des classes d’alcoolémie différentes, des niveaux de gravité différents (la multiplication du risque est plus élevée dans les accidents mortels que dans les accidents corporels). La distinction de classes d’alcoolémie permet de mettre en évidence une croissance rapide du risque avec le niveau d’alcoolisation, cette relation entre l’alcoolémie et ses effets est un argument important pour affirmer que le lien unissant ces deux variables est de nature causale. Le rôle des stupéfiants Il est difficile de produire des études concernant les stupéfiants avec la méthode utilisée à Grand Rapids. Le principal obstacle est produit par la difficulté d'obtention de résultats valides dans un groupe témoin. Il n'y a pas de recherche possible dans l'air expiré comme pour l'alcool, les dosages dans la salive, la sueur et les larmes sont possibles mais ces secrétions éliminent de façon très variable les nombreux produits consommés. En pratique seuls les tests et les dosages dans les urines et dans le sang ont une valeur utilisable pour fonder des décisions judiciaires ou réaliser des études épidémiologiques. En France, la loi de 1999 a instauré la recherche de stupéfiants chez tous les conducteurs impliqués dans un accident mortel. Une étude épidémiologique a été prévue, elle a débuté le 1er octobre 2001 et la collecte des données s'est terminée le 30 septembre 2003. Les procédures établies par les policiers et les gendarmes ont été communiquées aux chercheurs responsables de l'étude, comme les résultats des dosages de l'alcool et des stupéfiants. Les résultats finaux ont été publiés dans le British Medical Journal début décembre 2005 et je reproduis sur ce site une traduction française de cet article établie par les auteur, un résumé du rapport est disponible sur le site internet de l'observatoire français des drogues et toxicomanies. (www.ofdt.fr). |